28.10.2008

ECRITS DEBRAILLES # 1

A la verticale du soleil, sur le sable d’une plage grise, un bidon rouillé vous accueille –

& Billie Holiday chante, yeux noyés dans la dope ou dans la plus simple détresse, cette vie de chien qu’elle a eue, cette souffrance en passagère clandestine –

& Desproges,  torse nu, en short, ricane dans la lumière crue d’un été terrestre de n’importe quand -  

& le squelette élégant, en chapeau haut de forme, fait du vélo et vous fait un signe -

& Charlot se taille la route pour toujours, avec sa copine, et fuit vers l’horizon qui a toujours été ici même & maintenant -

 

etc-iste.blogspot.com est un lieu épatant sur la Toile D’Araignée Mondiale.

etc-iste.blogspot.com est une mécanique céleste.

etc-iste.blogspot.com est un bruit dans le capharnaüm du temps.

etc-iste.blogspot.com est comme la nuit qui pique les yeux.

etc-iste.blogspot.com est un endroit où les chiens errants n’ont pas besoin de capuches,

où les âmes ont des cuillères,

où on ne retrouvera jamais Tom et Jerry  perdus dans la forêt maudite.

 

Ecoute la pluie nocturne,

Ecoute quand Thomas Vinau vise le ciel et tire.

Il y a ici un peu de nos vies en loques, de nos rues arides, de nos coffres forts déserts,

avec juste  tout autour des mots, textes, poèmes, miettes, poussières, brindilles, vétilles et autres broutilles.

Et ils ont le goût de ceux de Thomas Vinau & de son etc-iste.blogspot.com.

 

 

14.10.2008

bleu minéral

couverture.JPG

DANSE D'OISEAU # 1


Septembre 2008. Parution de mon  livre Homme Bleu, Ici Même
aux éditions Gros textes (Fontfourane, 05380 Châteauroux-les-Alpes).

 

Sur la couverture, une œuvre – bleu minéral -  signée Isa Slivance & Serg Gicquel. L’une et l’autre sont des plasticiens qui se sont intéressés aux livres d’artiste au point de créer, en 1992, à Nantes, l’atelier d’art couleur dite parole peinte, toujours actif aujourd’hui  -  http://www.simili-type.fr/
Depuis, Isa et Serg mettent en scène  le mot, le portent visuellement en mobilisant toutes les techniques, souvent traditionnelles et artisanales, de l’édition, de l’imprimerie, de la fabrication du livre. Dans leur atelier, les machines nous tricotent des féeries et le talent  des deux associés qui n’est pas mince fait le reste.
J’ai donc souhaité que la couverture d’Homme Bleu, Ici Même soit leur oeuvre. D’abord parce que nous travaillons ensemble quand l’occasion se présente et que nous avons des sensibilités très proches. Ensuite, parce que le texte du présent livre recèle  un désir d’Art, une envie de surpasser le quotidien d’ici. Au milieu de nos quittances, de nos technologies épatantes à durées de vie très limitées, de nos JT où les explorateurs de l’Actualité les plus intrépides sont des as du rase mottes, nous sommes des aviateurs aux petits pieds, les mésanges volent bien plus haut que nous.
Il y a toujours, dans mon écriture, un peintre qui s’exténue au bout de la beauté, un musicien qui s’essouffle dans la carlingue déglinguée de la vie. Si le poème ZONE d’Apollinaire  est la racine de toute mon écriture, les CALLIGRAMMES du même Guillaume ont aussi marqué d’une manière indélébile mes premières années de dilettante en vadrouille dans l’Art et la Littérature.
Musique, peinture, littérature sont trois formes d’une même résistance. Il en est d’autres. Le jardinage ou la contemplation des toits de la cité à quatre heures du matin, par exemple.
Pourtant, Homme Bleu, Ici Même ne semble pas trop préoccupé de mise en pages. La tentation de la prose y a été trop forte, le poème avec ses pieds & ses chevilles n’a pas été convoqué. Il aurait tout foutu par terre. La musique est celle d’un petit saxophone en goguette, d’un piano en touche douce, qui jouent par derrière d’une manière discrète. Du moins j’espère qu’ils sont là et que vous les entendez.
Le texte se compose d’une succession de moments mentaux, de périodes d’une sorte de monologue intérieur qui en principe n’a pas de fin. Chaque épisode de ce discours intime commence par une amorce en lettres majuscules, à la manière de ces VISIONS DE CODY (éditions 10/18) de Jack Kerouac, cette autre figure tutélaire. 
Homme Bleu, Ici Même  évoque ma recherche d’une certaine sérénité face au monde. Contrairement au prochain livre, qui se construira à partir du plan des lieux et monuments de Nantes, la ville ici n’est qu’un décor, un lieu où des destins se croisent, s’étiolent ou dansent sous des crépuscules formidables. Les trois premières parties sont cycliques et se construisent selon le plan d’une journée ordinaire. Les phrases y ont une syntaxe tordue et sont parsemées de ruptures - elles sont parfois interrompues brutalement-, l’exubérance baroque des textes expriment la difficulté d’accepter le monde tel qu’il est. Cette agitation prend racines dans le décor urbain & les fantômes qui le quadrillent, dans le frottement du petit homme avec le monde hystérique, généralement futile, superbe quelquefois. Dans la quatrième partie, comme implose une machine qui a surchauffé, le texte métamorphose. Si folie et cruauté sont encore là, l’écriture s’apaise au niveau de la forme, la syntaxe devient plus souple, moins vicieuse, les textes se raccourcissent et deviennent moins exubérants. Ce qui restait de l’adolescence s’est enroulée en boule pour mourir. Cependant, toujours un peu perdu au fond du labyrinthe, le petit homme n’a rien oublié, il s’est habitué, c’est tout.

Extrait :

DES JOURS DE PLUIE SUR LA VILLE où de cruelles lanières d’eau ruissellent sur les visages – trottoirs mouillés & pattes d’oiseaux sur l’humidité de l’asphalte – d’abord les gouttes pianotent sur le toit comme gambettes de mouettes, tip, top, tip, top, trottinement de trotte-menu & be-bop de plume danseuse, puis en furie, plus revêche, plus acerbe, et enfin en rafale, presque un roulement de cavalerie, grondement d’une tôle quelque part dans le brouhaha, alors on s’enfonce sous la hargne du monde, plié, ratatiné, recroquevillé, un filet de réalité glaciale coulant au bout du nez, on se dissout dans les rues grises, visages roses guettant derrière les vitres, on se réfugie chez soi pour contempler de derrière la fenêtre de la cuisine cette ruade céleste, des gens cavalent encore dans les rues, chnoquedus poulopant sous des parapluies, trottins trissant estourbis par le zef, birbes bancroches banquillonnant, un héron passe au-dessus du quartier, est-ce la pluie qui –
Des jours où les gouttières dégueulinent une ève marron, où la ville tout entière suinte et dégoutte, il bruine, pleuvine, pleuviote, brouillarde, giboule, déluge sur des chiens noirs, des êtres déchus et attigés s’enroulent dans une gangue d’eau, ont la grelottine sous ce crachin gris qui flagelle le monde –

Personne d’autre que Christian Bulting, poète et naguère éditeur, revuiste, ne pouvait écrire la préface de ce livre. C’est lui qui publia mon premier recueil de poésie, Naoned Visages. Qu’il soit encore remercié pour avoir soutenu à l’époque ces premiers balbutiements.
Attentif aux autres & à leur travail, il est l’un des plus compétents pour présenter ce que j’écris.
Voici donc sa préface :

 Vous n’aimez que le style mesuré, les phrases équilibrées, les points-virgules, la grande prose classique. Passez votre chemin, « Homme bleu, ici même » n’est pas un livre pour vous. Vous n’aimez que la syntaxe brisée, éclatée, le déconstruit, le dadaïsant : prenez au large, il n’y a rien ici pour vous retenir. Vous aimez la littérature, celle qui porte du sens, des émotions, dans une langue qui bouge, vibre, cahote, une langue qui musique, fait entendre la rumeur du monde, une langue qui montre le grotesque et le sublime, le plus évident des rues des villes et le plus minuscule : « les épluchures, les écorches, les décortiques, les dépouilles, les emballages », vous aimez l’œil sociologique, celui qui repère les « experts en esbroufes, simagrées, médisances », celui qui croque les « Schnocks lingés à l’épate, papas édredons prenant la vie en mollo, en dégaine-pépère – Traîne savate en quête de bectance, les tatanes en nonchalance, la trombine toute de traviole », vous aimez la langue qui swingue, le lyrisme ne vous fait pas peur : ce livre est pour vous. Il y a du Whitman chez cet homme-là, Whitman remontant Broadway – cette avenue qui traverse Manhattan du sud au nord sur des kilomètres – Whitman embrassant le monde, de l’oiseau à la « planète qui roule », Whitman en sympathie avec les hommes, les villes, la nature, le fleuve. Il y a du Kerouac chez cet homme-là, avec son goût pour les clochards célestes, son écriture inventive, réaliste, qui se met à divaguer avec drôlerie. Il y a du Rabelais chez cet homme-là, de la truculence, de l’invention verbale, des néologismes « comment-n’y-a-t-on-pas-pensé-plus-tôt ». Il y a du Céline chez cet homme-là dans le souffle, dans un rythme propre, une seule phrase par paragraphe, beaucoup de virgules. Il y a surtout du Philippe Gicquel dans ce livre de Philippe Gicquel, un métissage de langues – français ancien, québécois, argot – dans sa langue, un patient travail de recherche et d’ajustement, mais oublié, emporté dans le mouvement du texte. Vous le suivrez à travers la ville dans ses balades, de l’aube à la fin de la nuit, Monet nomade, homme bleu cherchant la note bleue.
        Christian Bulting

 

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