28.11.2008
DANSE D’OISEAU # 2
Novembre 2008. Parution du dernier numéro de la
Revue SALTIMBANQUES !
A la fin, ça s’en va,
ça disparaît, déguerpit, se dérobe.
Et ça nous laisse avec quelques souvenirs dans les mains. Et des archives plein les placards.
La revue Saltimbanques ! était au service des auteurs, avait pour seul objectif de leur donner un territoire où s’exprimer. Du côté de la poésie, mon seul regret sera de n’avoir pas publié des poètes comme Ivar ch’vavar ou Lucien Suel. Et si, dans l’idéal, tous les genres étaient bienvenus, souhaités, il n’y eut pas de textes de sf ou quelques récits policiers, fantastiques. L’occasion ne s’est pas présentée. Mais, aussi, on s’enferme vite entre d’hermétiques cloisons et le réseau d’auteurs et de lecteurs, qui se constitue autour d’une revue, suffit, à lui seul, à opérer une « spécialisation ».
Donc ce fut une revue de poésie.
Au fil des 72 pages de ce numéro 15, 19 auteurs déploient leur univers. En on y retrouve une partie de ceux que j’apprécie aujourd’hui dans le microcosme poétique.
Des auteurs que j’ai plaisir à lire.
Romain FUSTIER constate qu’un arbre a poussé dans le bureau. enroulant ses branches à la verticale du mur. nature en bonsaï. punaisée sur fond de nuages.
& Thomas VERCRUYSSE s’échauffe Mais tu dis Que les brasiers Parlent en vain.
& Magali THUILLIER s’aperçoit que la pensée galope alors les mots sortent du fin fond de soi sourire étonnée
& Paul BADIN a des préoccupations : Le cerveau humain, toutes ses constructions, ses machines sophistiquées, est incapable d’élévation. Celle-ci est l’affaire de l’âme. Mais qu’est-ce que l’âme, au juste ?
& Patrice MALTAVERNE (http://traction-brabant.blogspot.com/ ) ne secoue plus ces vieilles carcasses.
& Eric SIMON ne réchappera plus d'aucune maladie /il enfourche une mobylette qui n'a plus cours
& Jean-Louis RAMBOUR évoque la beauté des crêtes rouges,/ la beauté des hésitations du carrefour,/ de l’alternance des jours et des nuits
& Rodica DRAGHINCESCU (http://www.draghincescu.com) nous chante une BERCEUSE POUR LES NAUFRAGÉS tandis qu’Un oiseau des pays froids crie effroyablement
& Séverine LE BUREL manie un Crayon aigu ondulant sur le monde
& @ude (http://supplementd-amesoeur.blogspirit.com/ ) marche sur la fluidité et les ondes frissonnent à peine
& Thomas GRISON (http://www.cie-le-cheval-bleu.com/ ) a Le regard austère/ Et amusé / Du cheval portant monocle
& Bernard LE BLAVEC a des Croix de primevères
& Jean-Marc Thévenin fait d’une tranche de foie qui serait persillé tout un poème
&Jean Simon RACLOT constate que Tant ça ne prend pas feu ça prend feu
&Jacquy JOGUET fait CLIC !, POC !, EH ! PST ! et OH !
& Bernard BRETONNIERE ferait bien honneur à un navarin d’agneau aux légumes frais dont des navets obligeamment taillés en olives, des oignons grelots glacés à brun et des haricots verts coupés en losanges.
& Fabrice MARZUOLO a encore lu / avant d’aller travailler/ les mots des poètes ratés / les mots des génies / tous joints à l’inutile
& Gérard LEMAIRE pense à neuf cents prisonniers dans une prison de Bavière
& Jean-Pierre Fleury nous invite à faire un tour au COIN DES ANTIQUAILLERIES
Voilà c’est fini,
ça s’en va,
ça s’éclipse, échappe, s’éteint…
La souris et les gommes vous saluent bien.
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20.11.2008
resistenz
22:33 Publié dans Ecrits débraillés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.11.2008
ECRITS DEBRAILLES # 2
Blocs de pierres, poussières de béton, nuages de décombres sous un horizon sinistre. La ville s’éveille plus lentement qu’à l’accoutumée, avec prudence comme après une nuit de tortures. Le vent aura balayé toute menace. (1945 – 6’13).
C’est par ses mots que commence le premier album du duo resistenz : Bal Folk Moderne. Une voix plane à la surface de la mer, sépare les ténèbres de la lumière. Et soudain les fulgurances des guitares électriques montent vers le ciel. Quelque part un chien meurt, ailleurs un ange crève. Et la musique s’installe, évidente, légère… Comme au premier matin du monde.
Resistenz - www.myspace.com/resistenz - est un duo qui se compose d’Ana Igluka, auteur des textes et chanteuse - www.myspace.com/anaigluka - & d’Erwan Foucault, guitariste et compositeur - www.myspace.com/elmatougrosso -
Il y a aussi les chiens mais ils n’ont pas encore ouvert de www.myspace.com. On attend leur bon vouloir, on attend qu’ils aient la compétence, ils auront des tonnes d’amis, on n’en doute pas.
Mais revenons à Bal Folk Moderne. C’est un objet. Un bel objet. C’est un CD de 13 chansons auquel ont participé une dizaine de musiciens. On les citera car un artiste a besoin d’hommages, a besoin qu’on sache qu’il existe et qu’il fait bien son travail : Cécile Gravot, Bichon, Cédric Lucas, Luc Rambo, David Rambaud, Henri Landré, Arnaud Glaumé.
Bal Folk Moderne est aussi un DVD de galeries de photos signées Isabelle Montané, Valérie Pinard, Guy Yoyotte-Husson, Tanguy Jossic, Ludovic Failler et de démos/clips. Les vidéastes sont Marie Du Bignon, Carole Thibaud - www.carolethibaud.com - & Charlie Mars - www.charlie-mars.com. Photographes & vidéastes ont tricoté la lumière et
amassé des images. Il y a encore les chiens mais, là, ils se préoccupent peu d’argentique
et de numérique. Ils s’initieront plus tard.
*
Bal Folk Moderne est un objet artistique multiforme -
Bal Folk Moderne est un chef-d’œuvre -
Bal Folk Moderne est une composition poétique et musicale qui devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure qu’on l’écoute. C’est un signe. Un très bon signe. C’est pour cela qu’on peut penser à un chef d’œuvre. Cet objet ne vous emprisonne pas dans une vision du monde, il est une sculpture musicale qui vous ouvre des portes vers l’univers que vous avez déjà au-dedans de vous-même.
Mais ça demande d’être un peu attentif et être attentif, surtout au travail des autres, ça devient un exercice difficile de nos jours. Un truc dur à faire.
Bal Folk Moderne est un labyrinthe et Ana Igluka est la poétesse et l’illustratrice qui se tient au cœur de ce labyrinthe. Il y a toujours quelqu’un quelque part qui peut vous aider à tenir debout. Rien qu’avec sa voix, rien qu’avec ses mots. Autrement, la vie peut être assez pesante même avec de l’argent plein les poches. Les rues vides du dimanche soir. Les chiens qui hurlent quelque part. Les anges déplumés. Heureusement, il y a des poètes surréalistes tapis au fond des voix et Ana Igluka vous attend au fond du champ magnétique.
Nous sommes des barbares. Nos contemporains ne nous entendent pas et nous ne nous comprenons pas nous-mêmes. Nous rendons nos pensées légères, pour les élever au dessus des grandes tours grises… (Barbares – 4’18)
Les chansons s’égrènent. La voix est resté accrochée entre ciel et terre. La musique installe un écrin de velours aux mots qui tournoient dans des tumultes aériens. Erwan Foucault a écrit cette musique, a enregistré, a mixé. Il est le démiurge, il est celui qui a construit cet univers de sons, celui qui a séparé le sec et l’humide, accroché des luminaires au ciel. La guitare électrique d’El Matou Grosso sculpte des chevelures célestes, lance vers le cosmos des tendresses de chiens, tressent ensemble les sons, les images & les mots, tressent les ambiances, tressent l’harmonie, tressent les intentions, tressent les détresses. Et resistenz salue André Breton & Noir Désir & Meredith Monk & Mike Patton & Michel Gondry.
Avez-vous remarqué que les poètes et les chiens sont toujours assis quand ils écoutent les guitares ?
La femme bleue a dû faire ses bagages : il n’y avait plus d’issue aux scandaleux combats, la titanesque vermine borgne mange ses frères et l’histoire, bien que enfouie six cent soixante six pieds sous terre, se répète… (La femme bleue – 4’59)
En appuyant sur la touche PLAY vous être entrés dans un labyrinthe. Mais ce labyrinthe est ouvert sur le monde, ce labyrinthe n’est pas une prison. Il y a quelques années déjà, Ana Igluka & Erwan Foucault y ont amorcé une odyssée crépusculaire et kafkaïenne. Très vite, une lumière palpitante a surgi du creux des ténèbres et les pattes douces des chiens se sont mises à gratter derrière la porte.
Les chiens ont toujours été là. Ils ne tiennent pas la batterie, ne font pas les chœurs, ne se sont pas perdus dans les rues blêmes de l’hiver, ont juste besoin de leur dose quotidienne de bitume, sautent sur le mur. Ils ont juste un truc dur à faire qui est d’être les témoins des êtres humains qui passent, des êtres humains qui marchent debout, des êtres humains qui ont besoin des chiens – L’ombre de saint Basile sur les passants éblouis par le clinquant des coupoles qui ne le voyaient pas passer…
Les larmes jaunes des parmélies, les anges portant un miroir sans glace : c’est une blague sinistrée… (Saint-Basile – 3’35)
Resistenz est donc un duo qui tutoie les voûtes célestes, qui se produit aussi sous forme de « performances » - Daou Deod, Noir & Blanc et Football –
Et performance = un seul texte + une seule musique + des vidéos, c’est un truc joué en semi improvisation
Et resistenz prépare aussi son premier Ciné concert.
*
Ma grand-mère, sorcière de Basse Bretagne, jouissant d’une honnête réputation de mère maquerelle jeteuse de sorts, gérait son capital sous le matelas, tel quel. A l’époque dont nous parlons, le capital ne se comptait pas en action ou en intérêts, mais en tête : 10 têtes de vaches, 30 têtes de brebis, 35 poules, 1 coq, 250 lapins, etc… (Super8 – 7’29)
Je vous l’ai déjà dit : vous êtes entrés dans le labyrinthe. Resistenz est produit par le thermogène - www.lethermogene.net –. Donc ça se complique, Joseph K cherche toujours l’entrée du Château, les moineaux vieillards de l’avenue ont commencé à radoter.
Et le thermogène est une sorte de collectif qui s’est construit autour des textes et de la voix d’Ana Igluka. Et le thermogène essaie le mariage entre la poésie & la musique, expérimente la noce entre le poète qui a déjà écrit & le musicien qui improvise. Il y a ici de multiples formes, de multiples apparences, il y a un duo, une chorale, une poétesse qui fabrique de minces-livres-qu’on-édite-soi-même, qui dessinent des créatures bizarres, qui parlent devant des images vidéos. Dehors, le monde ne s’est pas arrêté. Il continue à tuer la grâce des cathédrales, à tuer la tendresse des hippopotames, à tuer les prières païennes. Dehors, les hommes du XXI ème siècle voyagent assis, schizoïdes, ont de noirs désirs. Le monde, lui aussi, est un labyrinthe.
L’album Bal Folk Moderne est en vente sur www.lethermogene.net
ça s’est arrêté là
perdue dans l’oubli
la police de l’air m’a secouée
le rapace m’a choisie
emportée dans ses serres
(Resistenz – 5’30)
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