23.05.2009

MOSAÏQUE # 3

Je m'en tiens modestement, pour ma part, à la revendication de la liberté illimitée (...) en art, il y a pas de règles, il n'y a que des exemples (Julien Gracq, Lettrines)

 

En 1970, après avoir fait valoir ses droits à la retraite, Julien Gracq se rendit aux Etats-Unis.

Il fut visiting professor à l'université du Wisconsin.

Il donna des cours sur le roman français après 1945.

Il anima un séminaire sur André Breton.

Il pratiqua la liberté illimitée -

Il fut Julien Gracq.

Il rendit visite à... August Derleth, l'ancien collaborateur de Lovecraft.

 

Julien Gracq, référence majeure de la littérature contemporaine, aima Jules Verne.

Proche des surréalistes, il écrivit plusieurs romans.

Il composa des œuvres de facture très classique.

Il rencontra August Derleth, un auteur de récits fantastiques, policiers, de science-fiction, d'essais sociologiques, de poésie et de philosophie.

Et il pratiqua la liberté illimitée -

August Derleth écrivit aussi des contes pour enfants, des introductions pour des collections de bandes dessinées américaines comme Katzenjammer ( Pim, Pam, Poum).

August Derleth parodia Sherlock Holmes en créant le personnage de Solar Pons, détective privé évidemment britannique.

Julien Gracq poursuivit ensuite sa quête.

 

Et il pratiqua la liberté illimitée -

Et il pratiqua la liberté illimitée -

Et il pratiqua la liberté illimitée -

Et il pratiqua la -

 

 

 

Julien Gracq l'affable, ou l'humanisme résistant d'un artiste écrivant au temps des « nivellistes »

(suite )

Eric Simon, mai 2009

 

Il est intéressant de reprendre la chronologie des œuvres de Gracq :

  • - 1938: Au château d'Argol, œuvre minérale, hiératique, austère, chargée de signes, composée véritablement comme un opéra granitique. On peut imaginer un Julien Gracq persévérant dans cette veine «gothique». C'était tout à fait possible. Ce roman reflète bien un esprit de l'époque (voir André de Richaud, par exemple).
  • - 1945: Un beau ténébreux, le roman charnière, mais qui reflète un état d'apesanteur, de quête encore inaboutie.
  • - 1946: Liberté Grande, livre extrêmement important, le seul livre de poésie identifié comme tel publié par Gracq. Un livre dans lequel il y a un appel quasi régressif lancé à l'attention de Rimbaud (Liberté grande fait écho à la «liberté libre», comme une possible autre issue, dans le réel poétique du jour qui vient), le grand inspirateur, et comme un désir, une volonté de fermer l'histoire ou la brèche ouverte par celui-ci 75 ans avant. Liberté Grande est peut-être le dernier recueil de poésie de l'histoire du surréalisme. Les yeux sont décillés. On sait maintenant à quoi s'en tenir. Mais Gracq ne dit pas hélas! Il a repris pied.
  • - 1948: L'essai consacré à André Breton, quelques aspects de l'écrivain. En sus de l'hommage brillant, c'est aussi un traité du style, en ceci qu'il constitue non seulement une résistance au conformisme, mais imprime la marche de la vie elle-même.
  • - 1948: Le roi pêcheur, la pièce de théâtre et ses obsessions wagnériennes, la mythologie du Graal...
  • - 1950: La littérature à l'estomac: Gracq commence à enfoncer le clou, visiblement il n'a pas été compris, puisqu'on s'apprête même à le récompenser d'un prix Goncourt.
  • - 1951: Le rivage des Syrtes, ou la confirmation de ce que laissait présager «Liberté grande» quant au repositionnement de l'écrivain. Maintenant Gracq sait quel sera le sujet-artiste écrivant dans une société d'après la grande illusion. C'est un roman presque «à l'ancienne», avec une histoire, des personnages et leurs caractéristiques (Le capitaine Marino, Aldo, Vanessa, etc....), dans lequel le lecteur peut y entendre l'écho des temps actuels (alors, la guerre froide), mais en réalité tout semble piège dans ce récit dont chaque page porte un poème en germe.
  • - 1954: Penthésilée, la traduction de Kleist.
  • - 1958: Un balcon en forêt, retour sur la guerre, la «drôle de guerre», une sorte de pendant à «Un beau ténébreux», sur l'autre versant, celui d'Argol.
  • - 1961, 1967: Préférences et Lettrines, les textes critiques à sa manière, une familiarité avec les textes, un murmure vaste et puissant qui vous attire au cœur des œuvres et vous conduit à les voir autrement... Les croisements sont alors à noter, qui progressent, entre expression poétique et les ouvrages du futur: «Les eaux étroites», «Carnets du grand chemin»...
  • - 1970: La Presqu'île, non pas l'autre forme du récit, mais du poème, qui désormais ne va cesser de s'épanouir.
  • - 1974: Lettrines 2
  • - 1976: Les eaux étroites, texte éminemment proustien: au tout début, on retrouve même une métaphore utilisée par Proust à propos de la mémoire, celle de fleurs qui s'ouvrent au contact de l'eau; comme la Vivonne, le trajet de l'Evre est mystérieux, la promenade le long de son cours réserve la surprise de rapprochements inattendus...
  • - 1980: En lisant, en écrivant
  • - 1985: La forme d'une ville, où revient l'esprit de «Liberté grande», en un prolongement circonscrit à la ville de Nantes, la réalité du mythe et la magie des rencontres en filigrane: Jacques Vaché / André Breton pendant la première guerre mondiale, André Breton/ Julien Gracq en 1939. Et son enfance, sa jeunesse, à travers les rues.
  • - 1988: Autour des sept collines, l'autre ville: Rome, le côté subversif et iconoclaste de Gracq (mais comment, lui, l'attaquer?). A y regarder de près le titre apparaît d'ailleurs violemment ironique, de cette ironie méchante que le comédien Eric Chartier fait si bien ressortir dans ses interprétations de Gracq.
  • - 1992: Carnets du grand chemin, le grand poème final où, un peu comme dans «Les eaux étroites», Gracq rejoint bien souvent l'esprit de Proust, sans les ressorts traditionnels de la narration, devenus artifices.

 

Tout ça constitue au final une quête de la subjectivité en acte.

 

Ecrire un commentaire