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  • La mécanique de Cahun

    Voici le texte d'une chanson, La mécanique de Cahun, chantée par Ana Igluka sur l'album de Resistenz, Nos reflets égarés, sorti en 2011.

    Ce texte vient s'ajouter au dossier sur l'écrivaine et artiste Claude Cahun dont vous pouvez trouver l'amorce dans la note précédente.

    Claude Cahun

    Entendez-nous bien :

    Votre femme - objet d'étude :

    Muse, modèle ou maîtresse,

    Je lui ris au nez !

     

    S'enroule à nos cous,

    Un tissu tricolore

    Reflets égarés...

     

    Deux têtes semblables

    Sur un même corps...

    Se regardent...

     

    Je suis reine de l'étrange

    Entredeux dans le brouillard

    À semer le doute semé

     

    Entendez-nous bien :

    Je circulerai librement dans l'espace intermédiaire.

    Contre les genres, contre les cases,

    Aux jeux déformants des miroirs,

     

    Je suis fulgurante mascarade !

     

    Ici, règne une fumée blanche

    Épaisse pour s'y cacher,

    Pour qui veut me suivre

    Et semer le doute semer

    Quand on a fini de démonter la mécanique, le mystère reste entier...

     

    De curieux montages,

    Voici le corps moderne

    Vos rêves égarés

     

    Deux narcisses troubles

    Dansent à double sens:

    Géométries dorées

     

    Je suis hydre, mutante

    Demie sœur aux crânes chauves

    Brouiller les pistes brouillées

     

    Je suis fulgurante mascarade !

     

    Ici, règne une fumée blanche

    Épaisse pour s'y cacher,

    Pour qui veut me suivre

    Et semer le doute semer

    Quand on a fini de démonter la mécanique, le mystère reste entier...

     

     

  • Crépuscule urbain

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  • L'OEIL DE MÉDUSE

     

    Le désir d'évoquer l'écrivaine et artiste Claude Cahun repose sur la fascination que j'ai éprouvée devant ses oeuvres exposées au Temple du Goût à Nantes, dans la semaine du 24 au 30 octobre 2011. Et surtout ces quelques pages aux murs, extraites du recueil : Vues et visions, publié en 1914 aux éditions Grès et Cie , un diptyque où se déploie l’art pictural de Marcel Moore en écho à l’art littéraire d’une Claude Cahun oscillant entre Huysmans et Marguerite Yourcenar. Moore donne ici sa mesure, celle d’une artiste plasticienne qui fait de la peinture, du dessin, de la gravure sur bois, de l’illustration et du décor peint.

    Michèle Causse, Claude Cahun ou la mutante héroïque.

     

    J'ai tout de suite apprécié cette association du texte et du dessin. Plus fort encore, ce dialogue que les deux pages en vis-à-vis établissent, créant une forme d'interdépendance formelle et textuelle.

    A des vues d’apparence réalistes et descriptives du Croisic (…) répondent en écho, sur la page de droite, des visions subjectives animées d’infimes oscillations. Issues de l’antiquité gréco-romaine, elles s’élaborent par un précautionneux et habile effet de décalcomanie. Egarée dans cet univers mouvant, Claude Cahun rêve.

    Patrice Allain, extrait de l’article UN TEMPS DE PAUSE, UN TEMPS DE POSE publié dans A propos de Claude Cahun et de Vues et Visions, catalogue de l’exposition Claude Cahun, Compagnie Sciences 89.

     

    Pour comprendre de quoi il en retourne, pour mieux préciser, il faut aussi lire ceci :

    Déjà ces poèmes s’inspirent du principe du double : sur les pages de gauche, vingt-cinq poèmes en prose évoquent les impressions, les réflexions d’un moi qui passe quelques jours au bord de la mer, au Croisic, attentif à ses états d’âme, aux reflets du ciel sur la mer ; sur les pages de droite, la même scène, avec des mots presque identiques, est transposée dans l’Antiquité gréco-latine. Alors que, dans la scène de gauche, le « je » semble appartenir à la même personne, dans la variation de droite, il prend d’autres noms, d’autres identités, le plus souvent masculines comme Périclès, Hadrien, Néron, etc. Telles des miniatures, les dessins concrets ou abstraits de Marcel Moore (Suzanne) encadrent les deux scènes. Complémentaires, celles-ci se font face comme dans un jeu de miroir. Si les dessins évoquent Aubrey Beardsley, les textes eux, ont la préciosité de Huysmans sur la page de gauche et des Mémoires d’Hadrien sur la page de droite.

    Michèle Causse, Claude Cahun ou la mutante héroïque.

     

    L'oeuvre de Claude Cahun, si elle prend des formes différentes – écriture, dessins, photographies, tracts résistants, articles dézinguant le poète prostituant son talent en politique (Aragon en son Parti lui-même) - me semble être d'une parfaite cohérence et cette démarche pluridisciplinaire, formelle, au-delà du contenu, ne peut que me rendre curieux de l'ensemble de l'oeuvre.

     

    Qui est donc Claude Cahun ?

    Si l'on ne dispose pas d'une biographie livresque, on peut toujours explorer la page sur wikipédia consacrée à Claude Cahun : http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Cahun

    Ça donne juste une petite idée. Parce que la personnalité de Cahun est extrèmement complexe. Déjoue les tentatives de résumé. Chez elle, le monde s'embrouille, les masques sont en embuscade, les miroirs renvoient des visages à l'envers. Y répond un travail profond, obsessionnel, sur l'identité. Et d'abord l'identité sexuelle. Les autoportraits photographiques sont un instant de cette recherche.

    (…) elle n’a cessé de se mettre en scène dans ses textes comme dans ses photographies, inventant une sorte de double théatral d’elle-même. Proche des surréalistes, amie d’Henri Michaux (…)

    Eric Pessan, Encre de Loire, automne 2011, n° 57

     

    Le musée des Beaux Arts de Nantes possède une collection d'oeuvres de Claude Cahun. On peut avoir un aperçu de cette collection sur :

    http://www.collection.museedesbeauxarts.nantes.fr/Navigart/index.php?db=internet&qs=1

    En activant le diaporama et en faisant défiler ces oeuvres photographiques, on ne peut que remarquer la présence omniprésente de ces éléments qui justement interrogent l'identité : déguisements, masques, miroirs, crâne rasée, lunettes noires. Ici le regard pétrifie. Ici, règnent la quête peut-être mais surtout l'embroullamini des pistes, des artifices, des mascarades. Que veut Claude Cahun ? Démontrer que l'identité est insaisissable? S'agit-il de la trouver, de la construire ou au contraire de la perdre pour ne plus être qu'une entité neutre ? Ni mâle, ni femelle.

     

     

    Voici quelques articles glanés sur la Toile :

    http://www.fabula.org/revue/document1519.php ; Agnès Lhermitte, «Une héroïne «impossible» : Claude Cahun, Acta Fabula, Août-Septembre 2006 ( Vol 7, num.4),

    http://www.sens-public.org/article.php3?id_article=418 ; Yi-lin Lai, Les impossibles autoportraits de Claude Cahun, revue Sens public

    http://michele-causse.com/docs/Claude_Cahun-MicheleCausse.pdf; Michèle Causse, Claude Cahun ou la mutante héroïque.

    http://revuesshs.u-bourgogne.fr/lisit491/document.php?id=121 Oppenheim (Meret),Carrignton (Leonora),Cahun (Claude),Surréalisme, autoreprésentation,Identité féminine , Marlène Gossmann, Docteur en Histoire de l'Art, Centre Georges Chevrier UMR 5605 - Date de publication : 23 octobre 2007

    http://www.sens-public.org/article.php3?id_article=421;Mireille Calle-Grubert, Créer à la proue de soi-même

     

    Après une première exposition à la Criée au Croisic, une seconde au Temple du Goût, rue Kervégan à Nantes en septembre 2011, Science 89, Françoise Thyrion et Michel Valmer proposent une autre exposition tout le mois de décembre à l'Espace Simone de Beauvoir , 25 quai de Versailles, toujours à Nantes. Il y aura aussi dans ce lieu des soirées littéraires autour de Claude Cahun, les jeudis 8 et 15 décembre, à 18h30.

    Cette série d'expositions dans la région nantaise a donné lieu à la publication d'un programme, A propos de Claude Cahun et de Vues et visions, qui évoque Claude Cahun au Croisic, pendant la guerre, l'exil et la résistance ; il présente aussi quelques extraits de Vues et visions, des articles de François Leperlier, Patrice Allain, Tirza True Latimer, Vincent Rousseau et Evelyne Rochedereux.

    On y trouve aussi deux poèmes chantés aujourd'hui par Françoise Thyrion, mis en musique par Michel Valmer, avec des arrangements de Pierre Le Bot.

     

    Pour reprendre ce que j'écrivais dans l'introduction : cette exposition est fascinante comme le fut Claude Cahun, elle-même.