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  • NOS REFLETS ÉGARÉS

    La photographie de la pochette fut prise lors d'une manifestation à Londres, en 1932. On y voit au premier plan Sylvia Pankhurst (1882-1960), féministe et politicienne qui a lutté pour l'autonomie des femmes. Leader des suffragettes, opposée à Lénine – elle était plus à gauche -, elle rejoignit le Komintern.

    Elle vécut suivant ses convictions, ne se maria jamais, et connut plusieurs fois la prison.

     

    Enregistré à la maison et sorti en mars 2011, Nos reflets égarés, le deuxième album de Resistenz, marque une évolution par rapport au précédent Bal folk moderne.

     

    Toutefois, l'esprit des textes reste le même. L'écriture est toujours dense et l'atmosphère qu'elle distille n'est ni consensuelle ni soporifique. Rien n'a changé : le monde hurle encore/Dans mon ventre et dans le vent comme le chante Ana Igluka dans L'usage du monde, l'un des titres de l'album. Ce qui n'empêche pas que s'insinue désormais une certaine douceur, qui n'est pas apaisement cependant.

     

    15 chansons. Dont cinq, en fin d'album, reprises et interprétées par d'autres chanteurs & musiciens. 

    Les références sont souvent littéraires. Ainsi L'usage du monde, c'est évidemment le grand Nicolas Bouvier, ce voyageur superbe ; mais le texte évoque aussi une autre grande figure, chère à Ana, Philippe Soupault. Quant au Chat de Cheshire, il souriait déjà dans les pages de Lewis Carroll. Et dans La mécanique de Cahun, voici l'écrivaine Claude Cahun qui était aussi photographe, actrice par instant, plasticienne, révoltée tendance anarchiste et fut fortement impliquée dans le surréalisme.

     

    Par rapport à Bal folk moderne, on retrouve le style Resistenz, la patte du compositeur  Erwan Foucault, mais les guitares sont moins planantes. On colle plus à la mélodie qui ne cherche pas systématiquement l'effet aérien. On appréciera le violon de Delphine Coutant sur Krull et Hassi Messaoud, les chœurs de Maud Trutet « Mood » sur le même Krull & Licornes ; et les claviers d'Hugues Pluviôse ou d'Erwan Foucault.

    L'ensemble est moins foldingue que le Bal folk moderne précédent. Il n'y a plus de dérapages féroces genre Loire ou Radiateur. Cela donne une identité bien démarquée du précédent album. Et tant mieux : quoi de plus affligeant que de toujours proposer la même chose.

    Une pensée pour l'ensemble des musiciens, ceux qu’on ne remarque jamais la plupart du temps, sans lesquels rien pourtant ne serait possible ; une pensée notamment pour le bassiste Arnaud Glaumé dont on peut aussi apprécier le talent au cours des concerts de Resistenz.

     

    Deux morceaux sont des réussites où textes et musique installent une ambiance puissante : La mécanique de Cahun & Hassi Messaoud, cette dernière chanson rappelant par son intensité Milena sur le premier album, bal folk moderne. Resistenz n'est jamais aussi évident que quand ça déjante ou quand ça se replie au-dedans de soi, au plus profond, là où les guitares et le texte méditent et tricotent ensemble une infinie mélancolie.

     

    Dans les reprises, j'ai une inclination immodérée pour Au petit matin, interprété par Delphine Coutant. Et je retrouve avec plaisir Hugues Pluviôse & son interprétation élégante de L'usage du monde.

     

    Pour plus d'infos sur Resistenz :

    www.resistenzpoesie.com

     

  • Jaune et vert

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  • rosa la rouge

    Grand T de Nantes. Jeudi 10 novembre 2011. Rosa La Rouge. Fin de la représentation. Une partie du public se lève pour une ovation bien méritée. Entre la scène et la salle : un souffle de complicité passe, évident. Comme cela arrive quelquefois dans les salles de théâtre.

     

    Rosa La Rouge est un spectacle proposé par Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo. A partir de la correspondance écrite en prison par Rosa Luxembourg, la révolutionnaire allemande est évoquée au travers de chansons et lectures.

    Mais ce qui est mis en évidence, c'est la femme derrière la militante, sa joie de vivre, ses chagrins, ses désirs simplement humains.

     

     

    Née le 5 mars 1871, Rosa Luxemburg fut assassinée le 15 janvier 1919 sur les bords de la Spree à Berlin. Elle avait rédigé, un an plus tôt, le programme du Parti Communiste allemand.

    Polonaise, naturalisée allemande, elle fut une militante et théoricienne socialiste, marxiste et communiste. Elle s'engagea donc dans les mouvements révolutionnaires du début du XX ème siècle.

    Internationaliste, elle s'opposa à la Première Guerre mondiale, fut mise en prison et exclue du SPD ( Parti social-démocrate). Elle co-fonda le mouvement spartakiste, ancêtre du parti communiste allemand, et c'est au cours de la répression féroce qui suivit l'insurrection déclenchée en janvier 1919 qu'elle fut exécutée.

    Petit détail qui a son importance : elle s'opposera toujours à Lénine et à toute dictature d'une soit-disant avant-garde socialiste.

     

    Si le destin de Rosa Luxemburg fut dramatique, le spectacle, lui, ne s'englue pas dans la reconstitution tragique : moments émouvants, tristes, drôles y alternent.

    Au niveau de la mise en forme, j'ai apprécié la multiplicité des instruments de musique utilisés - guitares électriques, trio d'instruments à vent, percussions diverses (parfois avec les éléments du décor) – qui permet à l'ensemble de sortir du ressassé pop, du cliché rock.

    Evidemment, la musique est d'aujourd'hui. Ainsi que la mise en scène. Citations apparaissant sur des panneaux. Films d'animation de Patrick Volve. Tout se mèle, sons, chants, images, lettres récitées, pour essayer de dire Rosa.

     

    La carrière de Claire Diterzi est déjà une réussite. Elle écrit, compose, chante et s'accompagne quelquefois à la guitare. Elle a suivi des études d'arts appliqués et d'arts graphiques. En 2002, elle fut contactée par Philippe Decouflé et composa pour ses pièces chorégraphiques. Premier album en 2006. Prix du disque de l'Académie Charles-Cros. Musique de film (Requiem for Billy the Kid). Accompagnement sonore de l'exposition de Titouan Lamazou au Musée de l'Homme à Paris. Présentation de son album Tableau de chasse au Théâtre national de Chaillot en 2008. Résidence à la Villa Médicis.

     

     

    Claire Diterzi intègre parfaitement dans ses spectacles des éléments picturaux. Ainsi dans Tableau de chasse, son deuxième album solo, sorti en 2008, chez Naïve Records, elle est partie d'une sélection d'une dizaine d'oeuvres : Fragonard, Rodin, Camille Claudel, Toulouse-Lautrec, Turner, Lucian Freud et Allen Jones.

     

    Le Grand T : 84, rue du Général Buat BP 30111 ; 44001 Nantes Cedex 1

    http://www.legrandt.fr/