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  • GOMOIL N°3

    Le numéro 3 du bulletin de l’association Marie-Louise Bréhant est sorti en décembre 2011. Cette association s’est donnée comme objectif de mieux faire connaitre l’œuvre de la fascinante photographe nantaise.

     

    Dans ce numéro, après un inventaire de toutes les techniques alternatives ou anciennes qu’elle a expérimentées, c’est celle du gomoïl qui est présentée plus en détail par Marie-Louise Bréhant elle-même. Ces mots ne pouvaient se passer d’un exemple concret, un gomoïl de Marie-Louise, qui m’a aussi inspiré un texte, L’ARBRE, LE VERT.

    Plus loin, carte blanche a été donnée à Roger Coutin qui en profite pour évoquer sa passion pour les Sels d’Argent dans un long article.

    On trouvera aussi comme d’habitude toutes les informations sur l’association et ses activités du moment.

    C’est aussi dans ce numéro que vous trouverez le règlement et le bulletin d’inscription au prochain prix Marie-Louise Bréhant. Vous avez jusqu’au 15 décembre 2012 pour envoyer vos CD ; résultat le 15 février 2013 puis exposition et sortie du livre d’artiste en juin 2013. Cette année, les membres du jury seront Jacques Josse, poète et écrivain ; Michèle Ferrand-Lafaye, photographe et premier prix Marie-Louise Bréhant ; Thierry Leroux, photographe et trésorier de l’association.

    Gomoïl n° 3 a déjà été diffusé par Internet aux membres et abonnés de l’association. Si vous désirez télécharger ce numéro, voire même les deux précédents, ainsi que coupon de participation et conditions de participation au prix Marie-Louise Bréhant, cliquer sur www.ligne-de-legende.net/telechargement.html.

    Si vous en avez le temps ou l’envie, ce peut être aussi l’occasion d’explorer le site de Ligne de légende www.ligne-de-legende.net/.

     

  • chaînes & croissants

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  • L’OMBRE, LES MASQUES

    Elle fut la nièce de l’écrivain Marcel Schwob.

     

    Née en 1894, à Nantes, décédée en 1954, à Saint-Hélier (Jersey), Claude Cahun s’appelait en réalité Lucy Schwob. En réalité.

    Elle fut écrivaine et photographe, elle vécut avec une autre artiste d’origine nantaise, Suzanne Malherbe (qui se fit appeler Marcel Moore).

     

    Claude Cahun est très liée au mouvement surréaliste. Elle entretiendra des liens d’amitié et de complicité avec Robert Desnos, Henri Michaux et André Breton. Influencée, elle ne se dissout nullement dans le surréalisme (Aveux non avenus fut écrit avant 1925 ; un peu avant la publication du Manifeste du surréalisme). Son voyage est solitaire.  Même si elle fit l’apologie de l’onirisme, pratiqua l’humour noir et une forme d’automatisme surréaliste. Même si, peu avant sa mort, elle chercha à renouer avec ses anciens amis.  []

     

    Claude Cahun est au-delà de la simple démarche artistique. Elle n’est pas au-dehors du texte qu’elle écrit. Il n’y a pas entre lui et ce qu’elle vit l’épaisseur d’un miroir. Sa pensée est une pensée qui danse.

    Sa pensée est le voyage, le reste du corps suit.

     

    Ne voyager qu’à la proue de moi-même.

    Claude Cahun, AVEUX NON AVENUS

     

    Pour que le voyage ait lieu dans son intégralité, sans censure, il faut tracer sans concession un sillon dans le marigot mollasse du monde des hommes.

     

    Une pensée : totalement autonome, totalement libre, essayant de sortir des parole-perroquets, des cris de perruches.

    Une pensée : pour pouvoir mieux s'indéterminer, dissoudre son genre, atteindre au neutre. Etre enfin unique en son genre.

     

    Brouiller les genres, mélanger essais & poèmes. Brouiller les œufs pour donner naissance à des poussins d’un nouveau type.

     

    Il m’en souvient, c’était le Carnaval. J’avais passé mes heures solitaires à déguiser mon âme. Les masques en étaient si parfaits que lorsqu’il leur arrivait de se croiser sur la grand ’place de ma conscience, ils ne se reconnaissaient pas.

    Ibid.

     

    Ses photos : se réalisant comme se réalise un texte. Pour se dire. Nullement démarche purement esthétique. Pour reprendre les mots de Pierre Mac Orlan dans la préface au recueil Aveux non avenus : une entreprise plus cérébrale que plastique.  Un coup de scalpel dans la gangue qui entoure ce qu’elle cherche, qui lacère la placidité des apparences. Il faut fendre la surface glauque du bourbier, malmener les rengaines, bousculer les ordinaires agencements.  

     

    Peut-il d’ailleurs y avoir une pensée qui ne viole les habitudes, qui ne bouscule les autels, qui ne dynamite les forteresses ?

     

    Comme ses poèmes, ses proses, ses photos sont des tentatives pour se retrouver, se perdre. Avec cruauté, elles dispersent nos certitudes. Font voler en éclats.

     

    Mais les fards que j’avais employés semblaient indélébiles. Je frottai tant pour nettoyer que j’enlevai la peau. Et mon âme, comme un visage écorché, à vif, n’avait plus forme humaine.

    Ibid.

     

    Ne pas prendre en compte les bonnes paroles, les discours-magnétophones, quitte à se perdre juste après la sortie du labyrinthe.

     

    Ambition : Vivre sans tuteur, fût-on de l’espèce végétale.

    Placer son idéal en soi-même, à l’abri des intempéries.

    Ibid.

     

    Surtout ne pas être dupe.

     

    Tendance à tout pousser à l’absolu, donc à l’absurde.

    Ibid.

     

    Surtout ne pas être dupe.

     

    A perdre ses illusions sur la vie en général, on regagne de l’estime pour sa propre destinée, pour ses premières désillusions.

    Ibid.

     

    Surtout ne pas être dupe.

     

    La pureté se compose de toutes les souillures, comme le blanc de toutes les couleurs. Mais qu’une seule vienne à manquer, la volonté mollit, l’harmonie se défait, la mayonnaise tourne.

    Ibid.

     

    Sortir du rang des imbéciles.

    Par tous les moyens.

    Vivre ailleurs.

    En retrait. Sur une île.

     

    Athlète complet du vice. Spécialiser son âme, s’étendre sur une raie du spectre, c’est ce qu’on nomme « mal tourner » dans l’argot des anges.

    Ibid.

     

    Et dans la solitude, dans la nuit des hommes, fouiller encore derrière les masques.

    Encore et encore.

     

    Une proposition pour la mi-carême : ceux qui toute l’année portèrent un masque sortiraient la face nue, méconnaissables.

    Ibid.

     

    Se raser la tête (surtout quand on est une femme).

    Se raser les sourcils (surtout quand on est une femme).

    Se.

     

    Tout ange peut tomber. Une étrange figure de feu couve en son centre, un démon en filigrane, une présence clandestine, prête à s’extirper, à griffer, à se jeter sur le monde.

     

    Obscurantisme.

    Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

    Mais on négligea d’ajouter qu’elle ne pouvait paraître sans l’intervention de l’ombre. Lui seul a signé, mais l’Autre était indispensable. Nous connaissons ce genre de collaboration.

    Ibid.

     

    Danser comme une toupie autour de soi-même.

    Dans l’ombre.

    Dans la lumière.

    Dans le rêve.

     

    Ecrire pour ne pas se perdre.

     

     

    *

     

    Aveux non avenus de Claude Cahun a été réédité par les éditions Mille et une nuits en avril 2011.