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  • Vieilles salines usées qui rouillent sous le soleil, août 2012

     

    Marais salants de Guérande. Une route étroite qui s’insinue entre les étiers et les vasières.

    De vieilles salines usées où des œillets fantômes tentent de réapparaître à la surface du sol.

    (A fleur de peau, on devine le plan de l’ancienne exploitation sous le sol rouillé)

     

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    Le soir, les paludiers debout sur les ponts entre les œillets travaillent sur le seuil de la nuit, dansent dans l’obscurité. Les las tirent des éclairs blancs qui lacèrent le crépuscule.


     

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    Le jour, à Pradel, les hangars sont beaux comme la simplicité. Le sel qui les engrosse naquit des cendres de la mer. 

     

    En novembre, le gris glissera à nouveau sur le paysage et installera l’hiver et ses trainées de pluie. Il fera froid là où la fleur de sel scintillait. La boue rongera les rites solaires.

     

    Puis tout recommencera.

    De loin, les marais salants feront encore signe aux artistes de ces temps-ci.

     

    Abstractions lyriques couchées entre les pattes des mouettes.  

    Œuvres d’art vivantes, cathédrales à plat sur le sol, salicornes violines, géométries impeccables des œillets.

     

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    Photographies-poèmes.

    Haïkus guérandais.

     

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    Alors bienvenue au poème d’Ana Igluka :

     

    C'est un jeu de galets

    aux étoiles

    qui resplendit,

    guide parmi les voiles

    une femme animale.

    Elle veille,

    les amours saumâtres

    aux caprices du vent

    Elle inspire et expire

    au creux du monde

    une trame insolente.

    Petite parcelle

    dans l'univers.

    Toute dévouée

    à l'alchimie

    du sel et du temps

    J'ai ce front large

    au vent ciselé.

    J'ai les cheveux

    blancs d'infinies liaisons,

    Empreintes de sel et de temps

    dansent avec l'horizon

    et la liberté

    Aux faveurs de la terre,

    enfin se soumettre

    aux rythmes premiers

    de la lune, des marées

    Que s'impriment, que s'expriment

    les cristaux de vent!

    Sur la ladure,

    empreinte du sel

    au cuir de mes mains.

    Je vois la mer fière

    comme un serpent

    j'habite le blanc soleil

    les territoires carrés

    Sous l’œil du monde

    Ô hurlements des miroirs

    parmi les cernes noirs

    Je vois mon peuple

    fait de sel et de sang

    J'ai ce front large

    au vent ciselé.

    J'ai les cheveux

    blancs d'infinies liaisons,

    Empreintes de sel et de temps

    dansent avec l'horizon

    et la liberté

     

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    Le 22ème jour du mois d’août 2012, j’étais à Nantes, de retour. A l’Université Permanente, boulevard Léon Bureau, salle Jorj Morin, le poète Eric Simon a dit et chanté Apollinaire.

     

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    A la fin tu es las de ce monde ancien

     

    (…)

    Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

     

    Et je retrouvais celui-là qui m’a donné le goût de la poésie, ce poète impeccable et merveilleux, annonçant le surréalisme, annonçant les collages – Lundi rue Christine -, annonçant des mondes nouveaux.

     

    Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes

    La religion seule est restée toute neuve la religion

    Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

     

    Et j’enviais Eric Simon, ce fou de littérature, qui connait Zone par cœur. Et nous le disait, impeccablement, sans bavure.

    Zone, pour moi, est LE poème. Celui qui me ramène toujours vers le bonheur de la vie, le bonheur d’être là. A contempler le monde.

    Le ciel s’emplit alors de millions d’hirondelles

    A tire-d’aile viennent des corbeaux les faucons les hiboux

    D’Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts

    L’oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes

    Plane tenant dans les serres le crâne d’Adam la première tête

    L’aigle fond de l’horizon en poussant un grand cri

    Et d’Amérique vient le petit colibri

    De Chine sont venus les pihis longs et souples

     

     

    Puis la voix du poète s’est repliée dans le silence.

    Et je suis reparti dans la ville tout seul parmi la foule

    Des troupeaux d’autobus mugissants près de moi roulaient

     

    L’Erdre glissait, verte, au milieu de la ville.

     

    A la Chapelle de l’Oratoire, Beinaschi et Rubens avaient invité Yan Pei-Ming.

    Nom d’un chien, le jour était parfait.

    Je me suis arrêté devant les toiles.

    Frappé.

    Touché par l’évidence de ce triptyque, de cet autoportrait & des deux tableaux de Beinaschi, de Rubens.

    http://www.yanpeiming.com/

    http://www.levoyageanantes.fr/fr/le-parcours/un-jour-parfait/#fiche

     

    Puis août a fini par glisser entre les pages des albums photos,

    le jazz a déboulé sur les rues, a ruisselé sur l’Erdre & la foule bluesymentale des premiers jours de septembre.

    Stéphane Belmondo Quartet, Enrico Rava et Gianluca Petrella m’ont insufflé assez d’énergie pour tenir debout tout l’automne à venir.

    Ainsi que Driftin’Blues & Dr Bones and the Blue Roots puisqu’éternellement je reviens toujours vers le blues, ce vieux sparadrap.

     

    Le sparadrap qui fait tenir ensemble les morceaux de la vie qu’on mène ici.