Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Jacques Bonnaffé a testé la solidité des plâtres récents de la salle Vasse, octobre 2012.

     

    68,2 - copie.JPG

    Cliché CDPP


    Le 8 octobre 2012, à l’occasion des Vingt ans de Couleur dite parole peinte, la salle Vasse évoqua deux des poètes les plus talentueux que l’atelier ait publiés dans ses nombreux et magnifiques livres d’artistes.

    Deux Belges.

    Cela aurait pu être des Français, quelque Japonais, certain Algérien.

    Mais les plasticiens nous avaient affirmé à plusieurs reprises qu’il n’est nation plus décalée, plus allumée, plus gentille que la Belgique. Là-bas, ils se sentaient instinctivement chez eux. Pour l’anniversaire, c’était la Belgique qui devait venir à nous. On l’invita. Sans façon. Juste pour nous faire plaisir. Et le partager.

     

    _DSC0027.JPG

    Françoise Thyrion

    Cliché Florence Gicquel

     

    A brûle-pourpoint, à froid, sans assommer le public de quelques vaines présentations, Françoise Thyrion et Michel Valmer lurent quelques-uns des textes extraordinaires d’André Balthazar, poète impeccable de là-bas. Pure musique du verbe. Pur marmottement de l’âme. Qui, en même temps que les lecteurs, aurait lu ces textes dans leur typographie aurait constaté qu’ils n’avaient point l’apparence de poèmes, qu’ils n’en avaient pas la forme. C’était comme de petites proses. En fait des proèmes, formule chère à Francis Ponge, et très répandue dans l’œuvre de Balthazar. Mais qu’est-ce qu’un proème ? Le proème est un poème qui voudrait se faire passer pour de la prose.  C’est donc un texte plus ramassé, qui ne saute pas des lignes, ne laisse pas des blancs dans tous les coins, va à la ligne seulement quand la précédente est terminée. Le proème, c’est très beau et ça économise le papier, contrairement au vers libre, voire éclaté, qui gaspille et ravage des Amazonies.

    Non content d’écrire de merveilleux textes, André Balthazar fut aussi, avec Pol Bury, le créateur de la revue et des éditions le Daily-bul  - http://www.dailybulandco.be/   - qui ont publié Roland Topor, Gaston Chaissac, Achille Chavée, Pierre Alechinsky, Marcel Béalu, et bien d’autres.

    Et puisqu’il n’avait pu venir de Belgique jusqu’à la salle Vasse, ce fut Jean-Pierre Verheggen, un autre compatriote, qui évoqua à sa place ces éditions, cette pensée Bul, qui est, comme on peut le lire dans le catalogue 2012, pragmatique, ainsi que le bœuf qui se met devant la charrue.

     

    _DSC0032.JPG

    Jean-Pierre Verheggen & Michel Valmer

    Cliché Florence Gicquel

     

    André Balthazar a des affinités évidentes avec le surréalisme belge, les mouvements CoBra et Panique, le premier, dissout en 1951, rejetant la culture rationaliste occidentale, privilégiant les formes artistiques des cultures primitives, de l’art naïf ; le second qui fut un anti-mouvement selon ses fondateurs qui furent Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky, Olivier O. Olivier, Jacques Sternberg, Christian Zeimert, Michel Parré et Roland Topor.

     

    La soirée se déroulait parfaitement donc. Tout allait bien. Les plasticiens vinrent faire un tour sur scène pour expliquer qui ils étaient, pourquoi ils créaient des livres d’artistes plutôt que des petites fleurs en papier ou des boules à neige avec figurine représentant le charcutier de Spezet ou la préfecture de la Dordogne à Périgueux.

    Enfin, ils évoquèrent cette exposition au musée de l’imprimerie mais nous y reviendrons plus bas.

     

    _DSC0042.JPG

    Philippe Gicquel, Serg Gicquel & Isa Slivance

    Cliché Florence Gicquel

     

    C’est alors que la soirée bascula. D’abord, Jean-Pierre Verheggen, qui cache bien son jeu – on le verra par la suite - monta sur scène, très sérieux, très calme, très digne, liasses de textes à la main. La lecture allait commencer là, les mouches avaient cessé de voler par respect pour le divin poète qui n’évoque pas que l’aurore aux doigts de rose.

     

     

    _DSC0062.JPG


    Jean-Pierre Verheggen

    Cliché Florence Gicquel

     

     

    Arriva soudain un individu sur-vitaminé, sans doute gavé autrefois par une mère attentive convertie aux petits pots nutritifs. L’apparition survoltée, à l’éloquence grandiose, tenta d’abord à tout prix de tester la résistance des peintures, plâtres et gouttières de la salle Vasse récemment remise à neuf. Elle (l’apparition) fit maintes tentatives et sa quête folle la conduisit à toutes sortes de provocations verbales lesquelles devaient, si cela réussissait, entraîner des bides tragiques, faire hurler les spectateurs, exciter les foudres de l’amateur de poésie et ainsi décoller les jeunes revêtements muraux. En pure perte. Plus ça allait, et plus le spectateur rigolait.

     Devant l’échec, Jacques Bonnaffé, car c’était lui, se résolut enfin à faire ce pourquoi il était venu : dire les textes de Jean-Pierre Verheggen, et subrepticement de quelques autres, Henri Michaux, Valérie Rouzeau…

     

    _DSC0096.JPG

    Jacques Bonnaffé

    Cliché Florence Gicquel

     

    _DSC0097.JPG


    Jacques Bonnaffé

    Cliché Florence Gicquel

     

     

    Finalement, une réelle harmonie, néanmoins pétaradante par instant, s’installa sur la scène. Tout cela alla d’ailleurs fort bien avec l’œuvre de Jean-Pierre Verheggen qui ce soir-là privilégiait le camembert (Pue I, Pue II, Pue III – on le voit nous étions loin de l’aurore aux doigts de rose) et l’oie gavée que la fréquentation des salles de Gym Tonic aurait pu, selon lui, sauver d’un féroce destin.

     

     

    _DSC0064.JPG


    Jean-Pierre Verheggen & Jacques Bonnaffé

    Cliché Florence Gicquel

     

    Encore une fois, il était prouvé avec force que la poésie de Jean-Pierre Verheggen est la manifestation permanente et assumée du décalage. Rien ne lui fait peur. Elle aborde avec bravoure des registres proches de la dérision, pousse la langue et le vocabulaire dans leurs derniers retranchements et le camembert au-delà des limites de l’olfactivement supportable. Parfois, le poète convoque des amis à lui, des amis choisis, Tintin, Milou, le Capitaine Haddock, l’Oral et Hardi, Artaud Rimbur, Ninietzsche et la Belge de Cadix… Qui ne rêverait d’avoir un tel carnet d’adresses ?

     

     

    La soirée se termina dans le hall du théâtre où quelques bouteilles de vins blancs et rosés subirent un destin aussi féroce qu’une oie gavée en fin d’année.

     

    Le lendemain, de nouvelles bouteilles furent débouchées et vidées, de mignons petits fours disparurent promptement cernés par une foule affamée.

    Nous étions, cette fois-ci, au Musée de l’Imprimerie, toujours à Nantes, pour le vernissage de l’exposition de livres d’artistes (du 8 octobre au 30 novembre 2012).

    Il s’agissait encore des Vingt ans de Couleur dite parole peinte, l’atelier créé par Isa Slivance et Serg Gicquel.

     

    58.jpg

    Cliché CDPP

     

    Cette rétrospective présente plus d’une quarantaine de livres d’artistes et des œuvres des plasticiens avec lesquels a travaillé Couleur dite Parole peinte : la photographe nantaise Marie-Louise Bréhant, les plasticiens Marcel Hasquin (Belgique), Akeji (Japon), Isa Slivance & Serg Gicquel, Pol Bury (Belgique), Pierre Parsus, et d’autres.

    Sortie pour l’occasion du livre d’artiste écrit spécialement pour l’événement par Jean Pierre Verheggen et mis en pages par Couleur dite parole peinte : « Au libre bâfreur de tripes – les tripes de Spezet ».

    La nourriture, toujours la nourriture !

     

    18 Typographie.JPG

    Cliché CDPP

     

    MUSEE DE L’IMPRIMERIE

    24, quai de la Fosse

    44000 Nantes

    02 40 73 26 55

    http://musee-imprimerie.com/

     

    COULEUR DITE PAROLE PEINTE

    www.simili-type.fr

     

    64 - copie.JPG

    Cliché CDPP

     

    Feuilletez l'album de la soirée

     

     

    Ailleurs la vie se déroulait comme d’habitude. Le temps et les épaves passaient tranquillement sous les ponts de la Motte Rouge et Saint Mihiel.

    La pluie s’installait sur la ville, des ciels gris la coiffaient, la Quinzaine photographique nantais (QPN 2012) touchait à sa fin. C’était la seizième édition.  Pris par la préparation de la soirée à la salle Vasse, je n’ai pu visiter que l’exposition de l’Atelier, 1 rue de Chateaubriand, à Nantes.

    Aux murs :

                Aï Estelle Barreyre  « A fleur » Prix QPN 2012,

                Raphaël Dallaporta « Ruins (Season 1) » et  « Antipersonnel »

                Jean Painlevé, Angela Strassheim « Evidence »

                Galerie La chambre avec l’Institut d’archéologie classique de l’Université de Strasbourg « Les pionniers de la photographie archéologique »

                Till Roeskens « Videocartographies, Aïda, Palestine »

     

    Mais c’est surtout non loin de l’atelier, à la galerie Confluence qui donnait à voir   jusqu’au 27 octobre 2012 les photos de  Jessica TODD HARPER que j’ai rencontré l’une de ces œuvres-embarcadères qui continuera à vivre dans mon esprit, vivace, même quand les photographies seront décrochées.

    Comme l’écrit, sur le site de la galerie,  Bruno Nourry, Commissaire d'exposition de Interior Exposure,  beaucoup de photographies de Jessica Todd Harper font référence, de manière explicite, à l’esthétique picturale de la peinture flamande du XVème au XVIIème siècle. Ce qui m’a séduit immédiatement,  c’est une impression de luminosité joyeuse, douce. Les photographies sont presque toutes des vues dans la maison, dans un séjour, une chambre, avec un paysage souvent visible derrière la fenêtre, à l’arrière-plan.

    L’artiste se représente elle-même sur les photos, entourée de sa famille, parents, grands-parents, sœur, oncles, tantes, mari, etc. Cette famille est donc omniprésente. Evidemment, la démarche va plus loin que l’autobiographie ou la constitution d’un album de souvenirs.

    Derrière la délicatesse des couleurs, des traits, derrière la douceur et la tranquillité des scènes figées dans une sorte de bonheur paisible, un peu rigide aussi dans la pose, quelque chose comme le temps, comme l’éphémère, ronge silencieusement, évide sans toucher au lisse de la surface.

    Ces photos s’imposent comme une évidence. Au premier instant. Mais il faut bien les examiner pour surprendre un détail, un visage dans un miroir, un appareil photo posé sur l’épaule du modèle et qui révèle que la vue a été prise dans un miroir…

    Il faut se méfier de Jessica et de ses photos veloutées comme la peau des pêches.

    Galerie Confluence - http://www.galerie-confluence.fr/

     

    http://www.jessicatoddharper.com/

     

    IMG_0654.JPG

    Cliché Philippe Gicquel


  • Penchée, la Loire

    bandeau-philippegicquel.jpg