<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="/atom.xsl" ?>
<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xml:lang="fr">
<title>Dédale 21052</title>
<link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://dedale21052.hautetfort.com/atom.xml"/>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/" />
<subtitle>blog littéraire et artistique</subtitle>
<updated>2009-11-05T00:07:01+01:00</updated>
<rights>All Rights Reserved blogSpirit</rights>
<generator uri="http://www.hautetfort.com/admin/" version="6.0">HautetFort</generator>
<id>http://dedale21052.hautetfort.com/</id>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>MOSAIQUE # 8</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/11/05/mosaique-8.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-11-05:2452326</id>
<updated>2009-11-05T00:07:01+01:00</updated>
<published>2009-11-05T00:07:01+01:00</published>
<category term="mosaïque" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>  Le Roi pêcheur ou Roi blessé est l'une des figures de la légende...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Roi pêcheur ou Roi blessé est l'une des figures de la légende arthurienne&amp;nbsp;; il est chargé de veiller sur le Saint Graal. Blessé, aux jambes ou à l'aine selon les versions, il est incapable de se déplacer seul. Sa terre étant stérile, il n'a pas d'autre activité que de pêcher dans la rivière, près de son château.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre 1942 et 1943, Julien Gracq écrivit une adaptation théâtrale du mythe du Graal, &lt;i&gt;Le Roi Pêcheur&lt;/i&gt;, qui sera publiée en 1948. La pièce sera éreintée par la critique. Julien Gracq renoncera à écrire pour le théâtre mais règlera ses comptes dans le pamphlet &lt;i&gt;La Littérature à l'estomac.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici quelques notes de lectures d'Eric Simon sur cette pièce.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;LE ROI PÊCHEUR&amp;nbsp;: Gracq et le Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&quot;Les mythes du Moyen Age ne sont pas des mythes tragiques, mais des histoires &quot;ouvertes&quot; - ils parlent non pas de punitions gratuites, mais de tentations permanentes et récompensées (Tristan : la tentation de l'amour absolu - Perceval : la tentation de la possession divine ici-bas) vus sous un certain angle, ils sont un outil forgé pour briser idéalement certaines limites.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(Avant-propos, p. 10).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une première surprise attend le lecteur : dans cette pièce, ce n'est pas le Graal qui intéresse Gracq. Comme le titre l'indique, le seul vrai sujet est le roi Amfortas, c'est-à-dire le pouvoir et le problème de l'incarnation du pouvoir. Le roi pêcheur est un roi blessé, damné en quelque sorte, il ne peut pas sortir du cycle infernal du pouvoir et de ses manifestations. Mais nous sommes aussi pleinement dans le symbolique puisque ce pouvoir n'a guère de visibilité. Sa blessure, qui va horrifier Perceval, est le prix à payer. La damnation d'Amfortas a ceci de remarquable qu'elle le plonge dans un état où il ne peut pas ne pas souhaiter la venue de celui qui délivrera le royaume et recevra le secret du Graal, mais que dans le même temps la pensée d'être dépossédé de son pouvoir lui est insupportable. Amfortas renvoie à un monde où non seulement tout espoir est banni mais où la transmission même des forces de vie est impossible. La fin de la pièce est particulièrement édifiante, puisque Gracq fait de Perceval un personnage vaincu à son tour par le poison du pouvoir, renversant en fait la signification de la fameuse scène de l'apparition du Graal, au cours de laquelle Perceval, qui devrait parler, interroger, ne dit rien. Dans &quot;Le roi pêcheur&quot;, si Perceval garde le silence, ce n'est pas parce que, comme dans la tradition de Chrétien de Troyes, il observe trop fidèlement les conseils de réserve et de discrétion qu'un chevalier lui a prodigués, mais au contraire parce qu'il sait déjà! Perceval n'a plus besoin de parler, d'interroger sur le Graal, donc de reconnaître son caractère sacré et d'entrer dans la symbolique vertueuse qui l'illumine pour le salut, parce que la blessure d'Amfortas lui a déjà tout révélé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, un personnage doit arrêter notre attention. Et Gracq, dans l'avant-propos, l'annonce lui-même : &quot;Je tiens tout de même à dire que c'est Kundry qui porte mes couleurs.&quot; On retrouve en elle le personnage féminin de prédilection de Gracq, à savoir la médiatrice, celle qui peut jouer le rôle d'intercesseur avec des forces plus ou moins secrètes, plus ou moins mystérieuses. Comme si elle-même possédait des pouvoirs que les autres n'ont pas. Dans ce cas précis, Kundry est la seule à porter véritablement l'espoir et l'idéal du Graal. C'est un très beau personnage et l'on peut regretter que Gracq ne l'ait pas davantage développé, tant on sent qu'en effet elle porte la tragédie de celles et ceux qui ne marchent pas au pas commun du cynisme et du renoncement, mais gardent l'attente et le désir d'une délivrance toujours intacts. On peut penser qu'à travers elle, et en rapport avec d'autres textes de Gracq, c'est le réenchantement poétique du monde qui se manifeste, par la littérature notamment. Cela dit d'une manière assez générale, car la pièce en elle-même n'est pas pour Gracq ce que les pièces de Camus ou de Sartre à la même époque pouvaient être, avec ce climat pourrissant de militance existentialiste que &quot;La littérature à l'estomac&quot; vise également. Et peut-être est-ce aussi pour cette raison qu'elle inspire par moment un sentiment mitigé. On ne sent pas Gracq toujours très à l'aise dans l'écriture dramaturgique. Il y a d'ailleurs beaucoup de prose ou de prosaïque, ce qui n'est pas pour desservir le propos puisqu'il s'agit aussi d'une relecture du mythe du Graal, d'une tentative de remise à plat, à rebours justement de visions un peu trop conventionnelles au goût de Gracq. Evidemment, il est fasciné par le mythe, mais &quot;Le roi pêcheur&quot; est aussi une œuvre de démystification, comme les surréalistes, d'ailleurs, savaient le faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment démystifier sans souiller? Comment retraduire, sans trahir doublement? On est là aussi dans la problématique de la quête du Graal. Et du coup, le fait que Gracq s'attarde si peu sur l'objet habituel de cette quête peut trouver son explication sinon sa justification, dans le caractère&amp;nbsp;immuable de son inaccessibilité. La logique de la quête, sa dialectique, laisse à penser que le Graal est alors sorti du domaine religieux ou mystique. Après le XIXème siècle, après Wagner, après même le surréalisme, dont Gracq évoque la confrérie de chevalerie, le Graal, ce n'est plus le vase contenant le sang du Christ, mais le Verbe lui-même, la puissance du langage, ses limites aussi, qui sont les conditions de cet inaccessible. Or le pouvoir et l'impuissance ont partie liée, parce que les mots qu'on pense asservir, et par eux les individus, deviennent vides de sens, sans substance et n'alimentent plus que la plaie honteuse, affreuse et pestilentielle d'Amfortas. Les mots ont leur manière de résister, que le pouvoir ignore. Le Graal peut retourner à l'invisible, l'absolu de sa symbolique, comme constat du point de non-retour de l'impossible des sociétés humaines. Dans l'ambigüité du cercle de la table ronde réside cet impossible : on ne peut pas en sortir, le Graal échappe encore, mais quel est-il? Qu'est-il devenu? Et la surprise, Gracq nous la&amp;nbsp;réserve, car c'est bien Amfortas, à la fin, qui réconforte Kundry et lui annonce quoi? Ceci : &quot;Ne pleure pas. La folie du Graal n'est pas éteinte... Un autre viendra...&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Éric Simon&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>MOSAIQUE # 7</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/08/28/mosaique-7.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-08-28:2343386</id>
<updated>2009-08-28T00:12:23+02:00</updated>
<published>2009-08-28T00:12:23+02:00</published>
<category term="mosaïque" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>    Un balcon en forêt  est un récit de Julien Gracq.       Publié en 1958...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;i&gt;Un balcon en forêt&lt;/i&gt; est un récit de Julien Gracq.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Publié en 1958 aux éditions José Corti, ce livre décontenança la critique littéraire de l'époque qui y voyait une rupture avec les œuvres précédentes&amp;nbsp;dans la mesure où le cadre de l'action&amp;nbsp; était défini avec précision géographiquement et temporellement. Aujourd'hui, avec le recul, cet ouvrage semble plutôt appartenir avec force à l'univers Gracquien. Incertitude, ambigüité, rêve habitent bel et bien ce récit réaliste.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Voici une lecture d'Eric Simon.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Julien Gracq, Un Balcon en Forêt&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;(ou : jusqu'à l'extinction des feux du bivouac)&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;P. 146. (éd. José Corti)&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&quot;Rien dans cette guerre ne ressemblait aux autres; c'était une dégénérescence molle, un crépuscule mourant, indéfiniment prolongé, de la paix, si prolongé qu'on pouvait rêver malgré soi après cette étrange demi-saison, cette plongée dans la lumière de nuits blanches, d'un jour neuf se soudant sans solution de continuité. Peut-être le pays allait-il pour de longues années se transplanter, secréter à ses frontières un peuplement de luxe, une caste militaire paresseuse et violente, s'en remettant de son pain quotidien aux civils, et finalement l'exigeant, comme les nomades armés du désert lèvent le tribut sur les bordures cultivées. Des espèces de rôdeurs des confins, des flâneurs de l'apocalypse, vivant libres de soucis matériels au bord de leur gouffre apprivoisé, familiers seulement des signes et des présages, n'ayant plus commerce qu'avec quelques grandes incertitudes nuageuses et catastrophiques, comme dans ces tours de guet anciennes qu'on voit au bord de la mer. Et après tout, se disait-il, devenu de plus en plus rêveur, ce serait aussi une manière de vivre.&quot;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Alors que dans &quot;Un beau ténébreux&quot; et &quot;Le rivage des Syrtes&quot; publié sept ans avant en 1951, nous avons affaire à un narrateur qui dit &quot;je&quot; et qui joue un rôle déterminé dans le texte, Gracq, dans cette œuvre qu'il présente non comme un roman mais comme un récit, reprend une position de narrateur plus conventionnelle. En apparence. Car l'aspirant Grange renvoie bien sûr au lieutenant Gracq, qui puise dans ses souvenirs de la &quot;drôle de guerre&quot; la matière de l'histoire. Grange est une sorte de double poétique de Gracq, et cependant beaucoup plus réaliste que l'Aldo du &quot;Rivage des Syrtes&quot;, aux prises avec un moment historique&amp;nbsp;identifiable par tous, ce qui contribue à l'étrange climat de ce récit. Les éléments de réels, en terme de lieu, de temporalité ou d'objets (les chars, le blockhaus...) viennent non pas attester de la véracité d'épisodes somme toute sans grande originalité mais soutenir un développement fictionnel qui confine, lui, à l'onirique. L'imaginaire, pour Gracq, n'est pas hors de ce monde, il n'est pas surnaturel même s'il est souvent convoqué pour le hanter, avec puissance.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Si l'on compare avec &quot;Le rivage des Syrtes&quot;, on retrouve des caractéristiques de structure communes, notamment dans les relations entre les personnages : entre le capitaine Varin et l'aspirant Grange ici, entre le capitaine Marino et Aldo dans le &quot;Rivage&quot;, l'ascendant naturel de l'aîné sur le plus jeune s'alliant à une sorte de méfiance ou d'incompréhension qui ne se déclare pourtant jamais ouvertement, les deux figurant comme un double pôle de rationalité inefficace et de propension à la rêverie, source de désordre et de mouvements imprévisibles. De même, les personnages féminins, Mona dans le &quot;Balcon&quot; et Vanessa dans le &quot;Rivage&quot;. Enfin, l'entourage des autres soldats d'une part et les camarades du fort d'autre part. Mais dans ce récit Gracq resserre le cadre, les figures sont plus tranchées, moins littéraires en quelque sorte (ou picturales), comme s'il importait de sortir de la fiction quelque peu fantasmagorique des romans précédents pour permettre l'intrusion du réel, parfois même de façon quasi documentaire.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ainsi, &quot;Un Balcon en Forêt&quot; est peut-être le texte dans lequel le paysage et la géographie, par ailleurs assez circonscrits voire restreints, jouent le plus grand rôle, préfigurant par exemple &quot;La Presqu'île&quot;. La forêt (des Ardennes) nous plonge dans le monde obscur et dans une sorte d'âge primitif, qui prédisposent à l'attente de l'événement. &quot;Le Rivage des Syrtes&quot; pose déjà la question : qu'est-ce qu'un événement? et qu'est-ce qui se passe quand il ne se passe rien? Mais le fictionnel revêt cette question d'une coloration presque philosophique, abstraite ou en tout cas métaphorique. Dans le &quot;Balcon&quot;, on n'est plus dans la métaphore, chacun sait de quel événement historique il s'agit et que la guerre est inévitable. Pour autant, Gracq reste encore dans le domaine de la fiction, comme dans un no man's land à lui connu, racontant une histoire, qui a eu lieu - qui n'a peut-être pas eu lieu, et c'est dans cet interstice que se glissent le sens et la forme poétiques. Dans la forêt, les hommes, isolés, attendent la guerre, sa réalité violente et sombre, son caractère au fond extraordinairement incroyable. La guerre, comment savoir ce que c'est avant le &quot;baptême du feu&quot;? Et alors, de quelle réalité est l'attente? A un moment, Grange se demande d'ailleurs si la guerre n'est pas tout simplement déjà finie... Et la forêt est aussi le lieu des sortilèges et des fées. L'apparition de Mona en est la révélation. Elle est aussi un animal de la forêt, un animal qui joue. La femme, chez Gracq, est sous le signe du mystère, exerçant sur l'homme un profond magnétisme. Elle semble détenir les clés d'un monde où l'homme n'aura jamais totalement accès, mais qui, entrouvert, suspend l'implacable machine infernale des choses. Et Mona, comme Vanessa ou plus tard Irmgard, reste insaisissable, elle disparaît bientôt dans l'énigme que Grange n'a jamais pu percer.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Mais qui est Grange? Est-il celui qui répond à l'événement? Attend-il pour mieux y répondre? Et en fait, attend-il l'événement? Comme si l'imminence de celui-ci le plaçait, de façon à la fois protectrice et périlleuse, en situation de &quot;vacance&quot;. Il ne quitte pas le blockhaus, il le laisse derrière lui, il part en promenade. Un dialogue étonnant a lieu entre lui et le capitaine Varin, qui ne comprend pas pourquoi il ne profite pas d'une possibilité de mutation qu'il lui offre pour échapper à ce piège. Et Grange est incapable de lui fournir une explication. Pour donner le change, il dit seulement qu'il &quot;se plaît ici&quot;. Et Varin a cette sibylline formule à son tour : &quot;je ne déteste pas faire la guerre avec des gens qui ont choisi leur façon de déserter&quot; (p. 139). C'est le moment où le récit vacille, une brèche s'ouvre pour Grange, mais il ne sait pas vers quoi, comme une errance indéfiniment prolongée, une manière de &quot;battre la campagne&quot; bien gracquienne; cet état de vacuité ne correspond pourtant pas à une absence totale :&amp;nbsp;le monde, la forêt et ses ombres, prennent possession de l'absence même du personnage et par là lui restituent sa présence inconnue, son présent d'imminence absolue.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Éric Simon&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>MOSAÏQUE   # 6</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/07/28/mosaique-6.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-07-28:2305977</id>
<updated>2009-07-29T12:41:58+02:00</updated>
<published>2009-07-28T18:47:00+02:00</published>
<category term="mosaïque" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>   Au château d'Argol   , le premier roman de Julien Gracq,&amp;nbsp; fut publié...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Au château d'Argol&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;, le premier roman de Julien Gracq,&amp;nbsp; fut publié en 1939. Romantisme et surréalisme s'y entremêlent pour tresser une atmosphère singulière.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;Cet ouvrage a inspiré les réflexions suivantes à Eric Simon-&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;Julien Gracq&amp;nbsp;: Au château d'Argol,&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;le magique et&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;mortel huis-clos du désir&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier roman de Gracq se lit vite. Il nous plonge d'emblée dans un état hypnotique par lequel il nous impose son rythme, dans une scansion impeccable et extraordinairement verrouillée. Nous ne pouvons échapper à la puissance du texte, nous sommes pris au piège de cet écrin de sortilèges, comme les personnages, Albert, Herminien et Heide (et éventuellement le domestique anonyme), et nous découvrons peu à peu de quel piège il s'agit. Cette scansion correspond clairement aux étapes d'un rituel, car un double sacrifice va avoir lieu, celui de l'amitié et celui du désir. On est dans quelque chose de sacramentel, ce dont les titres des chapitres témoignent, après un avis au lecteur, passionnant et même étonnant préambule dans lequel Gracq fait montre de grandes précautions de toute sorte afin de singulariser au maximum son livre. Il cite aussi en référence les romans gothiques du XVIIIème siècle (Walpole), comme pour un peu mieux tout plonger dans l'obscur. Voici les chapitres&amp;nbsp;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;Argol&lt;/b&gt;: le lieu, le château, l'arrivée et la visite d'Albert. Juste à la fin, l'annonce de la visite de Herminien accompagnée de Heide.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;Le cimetière&lt;/b&gt;: Au cours d'une promenade Albert découvre un mystérieux cimetière. Une tombe à l'écart attire son attention, à la fois sépulture et défi, injonction à la vie. Le temps a effacé le nom qui s'y trouvait, Albert grave dessus le prénom de Heide.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;Heide&lt;/b&gt;: La beauté et la personnalité de Heide subjugue Albert. (p.54)&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;Herminien&lt;/b&gt;: Herminien sent que Heide lui échappe.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;Le bain&lt;/b&gt;: la course vers l'abîme, on nage jusqu'aux limites possibles. Les trois amis semblent s'être donné un défi de mort. Heide manque de se noyer, ils reviennent de justesse au rivage.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;La Chapelle des abîmes&lt;/b&gt;: Au cours d'une promenade, Herminien et Albert découvrent une chapelle. Herminien se met à l'orgue et joue des airs puissants et hautement significatifs, en appel à l'amitié qui les lie.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;La forêt&lt;/b&gt;: Herminien entraîne Heide avec lui dans la forêt. Albert a un pressentiment et part derrière eux, il retrouve Heide nue et attachée à un arbre, Herminien l'a violée.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;L'allée&lt;/b&gt;: Plus de nouvelles de Herminien qui a disparu. Heide est convalescente, elle et Albert retournent se promener dans la forêt au bout de quelques jours. C'est là qu'ils trouvent, dans une allée, Herminien inanimé et blessé après une chute de cheval. Ils le ramènent au château.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;La chambre&lt;/b&gt;: C'est la chambre d'Herminien, la révélation de sa personnalité. Scène d'intrusion.&lt;/li&gt; &lt;li&gt;- &lt;b&gt;La mort&lt;/b&gt;: Autre scène de chambre après la découverte d'un couloir secret au sein même du château qui conduit à une autre chambre, celle de Heide. Elle se suicide peu après (poison). Le lendemain Herminien annonce qu'il va partir. Albert le rattrape dans la forêt et le tue d'un coup de poignard dans le dos (superbe effet littéraire).&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons d'une définition des lieux, de leur découverte, à une détermination des personnages, une singularisation extrême qui a pour effet d'en faire des «&amp;nbsp;types&amp;nbsp;», mais sans que nous puissions les rattacher à quoi que ce soit de connu ou de familier. Ils sont d'un autre monde. L'amitié qui lie Albert et Herminien tient à l'univers du savoir, de la connaissance et de l'érudition, bien loin de toute affectivité. D'ailleurs il n'est évidemment pas question de sentiment dans ces pages. Heide apparaît paradoxalement comme une figure aveugle (comme on parle de point aveugle), et cependant terriblement charnelle dans le désir qu'elle incarne avec violence, sa manifestation et son impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut brièvement évoquer certaines thématiques :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- La question du double Albert/Herminien. Herminien est-il le double d'Albert&amp;nbsp;? La solitude d'Albert, il arrive seul à Argol, il se retrouve seul à la fin. L'état d'absence de Heide, la façon dont elle est à la fois incarnée et désincarnée, comme absorbée par le verbe poétique de Gracq. Il faut d'ailleurs préciser que ce roman ne comporte aucun dialogue, même bref. Ceci renvoie à la manière dont les personnages habitent le château, la pierre du château, dont ils le hantent. Le domestique anonyme dort sur les dalles, il est un peu le fantôme du lieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- La question de la connaissance, du savoir, comme rempart contre quoi, la mort&amp;nbsp;? la barbarie&amp;nbsp;? Mais le désir est plus fort, la pulsion de mort est plus forte. Gracq avait sans doute lu à l'époque «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Sur les falaises de marbre&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» de Jünger. Son livre en comporte certaines résonances, mais là où Jünger étendait ses préoccupations à une histoire mythologique d'un peuple pacifique de sages en proie à la prédation barbare d'un autre, Gracq les concentre sur la forme traditionnelle du trio presque de vaudeville, la femme et les deux amants rivaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Celle de l'éros et de la pulsion de mort, qui va tout dévaster en ce château d'Argol et entre ces deux amis. Pour ce faire Gracq met en place un système de prémonitions, avec ses séquences, ses tableaux et ses plans. Les éléments sont aussi des personnages&amp;nbsp;: la mer, la tempête, l'orage, la nuit, la forêt proche du château. Cette importance des éléments et de leur influence va de pair avec l'érotisme particulier de l'écriture Gracquienne, que l'on peut rapprocher de celui de Mandiargues ou encore d'un André de Richaud. Il y a un érotisme noir, funèbre, propre à Gracq, un mélange de pruderie et d'imprévisible et brusque impudeur. Non pas que Gracq cherche à ne pas franchir les limites de la décence. La littérature n'a que faire de ce qui est décent ou non. Il atteint un impudique qui exclut l'obscène, moins par un recours à l'ellipse, que par une brutalité tendue, une crudité que l'on pourrait dire cérébrale. La sensualité peut souvent être brûlante chez Gracq, et très dérangeante. Il ne craint pas de mettre en évidence l'animalité profonde de ses personnages et cela de façon d'autant plus violente qu'elle est préparée par des poses et des paroles qui les placent plus volontiers au sommet de la maîtrise des forces de l'esprit. On pourrait alors parler d'un érotisme «&amp;nbsp;oxymorique&amp;nbsp;». Il faut citer en entier ce somptueux passage (p.75), dont chaque mot, jusqu'à la fin, porte une puissance d'éblouissement sauvage&amp;nbsp;: (Heide et Albert sont seuls dans la forêt)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&lt;i&gt;Elle dénouait ses cheveux qui se répandaient sur le gazon comme une flaque. Elle étendait autour d'elle ses bras aux muscles chauds qui tremblaient sous la peau avec l'ardeur d'une vie fascinante. Enfin elle tournait la tête vers lui et laissait filtrer de ses yeux une lueur gluante comme le voile même du sang qu'elle traversait. Elle reposait devant lui, entièrement offerte à celui d'où à chaque seconde elle tirait le miracle de la prolongation de sa vie, et il lui semblait tantôt qu'une masse de métal fondu, d'une dévorante chaleur, naquit de ses seins houleux et insupportables, et comblât les cavernes de sa chair des coulées d'un feu liquide, et tantôt qu'elle s'enlevât tout entière avec une délirante légèreté vers le ciel bleu et lointain qui l'aspirait comme un puits de lumière fraîche au-dessus de sa tête entre les cimes des arbres. Et telle était en elle l'explosion de la vie qu'il lui paraissait que son corps sous la chaleur de fournaise allait s'entrouvrir comme une pêche mûre, sa peau dans toute sa massive épaisseur s'arracher d'elle et se retourner tout entière vers le soleil pour épuiser les feux de l'amour de ses artères rouges, et sa chair la plus secrète s'arracher depuis le fond d'elle-même en lambeaux convulsifs et jaillir dans ses mille replis comme un drapeau claquant de sang et de flamme à la face du soleil dans une inouïe, dernière et terrible nudité.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On notera à cette occasion la permanence des caractéristiques du personnage féminin dans l'œuvre de Gracq dès ce premier roman. A Heide feront écho les figures de Dolorès, Christel et Irène (&lt;b&gt;Un Beau Ténébreux&lt;/b&gt;), Vanessa (&lt;b&gt;Le Rivage des Syrtes&lt;/b&gt;), Mona (&lt;b&gt;Un Balcon en Forêt&lt;/b&gt;), Irmgard (&lt;b&gt;La Presqu'île&lt;/b&gt;) ou encore la servante anonyme du &lt;b&gt;Roi Cophetua&lt;/b&gt;. Chacune, toutefois, avec sa «&amp;nbsp;personnalité&amp;nbsp;», comme si Gracq cherchait à créer une image plus générale, plus intime aussi, de celle d'un être fascinant et inquiétant, source de scandale ou de désordre mortel (Vanessa&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;une beauté de perdition&amp;nbsp;»), mais aussi riche d'abandon et d'une sorte d'inexplicable et libre réconfort (Christel, Mona, la servante...) qui l'associe à la dimension la plus profonde du sacrifice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'essaie d'imaginer quels furent les premiers lecteurs d'Au château d'Argol, quelle émotion fut la leur, à la lecture d'un roman qui semble si peu un premier essai, et plutôt qu'une entrée en matière, une façon de fermer un cycle ou de dire adieu. On connaît du moins celle d'André Breton qui adressa cette lettre célèbre dans laquelle il lui dit son admiration, prélude à leur rencontre quelque temps plus tard à l'hôtel de la Vendée, à Nantes alors que grondait déjà l'orage de la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Éric Simon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>***********</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/07/27/dedale-21052-premiere-epoque.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-07-27:2304617</id>
<updated>2009-07-27T22:53:21+02:00</updated>
<published>2009-07-27T22:49:00+02:00</published>
<summary>   DEDALE 21052,       &amp;nbsp;première époque   </summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: xx-large;&quot;&gt;DEDALE 21052,&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: xx-large;&quot;&gt;&amp;nbsp;première époque&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>MOSAÏQUE   # 5</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/06/22/mosaique-5.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-06-22:2254650</id>
<updated>2009-06-22T18:04:35+02:00</updated>
<published>2009-06-22T18:03:00+02:00</published>
<category term="mosaïque" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>    Ecrit pendant la guerre,  Un beau ténébreux , publié en 1945 aux éditions...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ecrit pendant la guerre, &lt;i&gt;Un beau ténébreux&lt;/i&gt;, publié en 1945 aux éditions José Corti, est le deuxième roman de Julien Gracq.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Deux personnages principaux&amp;nbsp;: Allan &amp;amp; Dolorès.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Un hôtel isolé, la Bretagne. Au bord de la mer.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Méditation sur la mort volontaire, amorce d'une réflexion sur la littérature.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ici même, une lecture d'Eric Simon.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Un Beau Ténébreux&amp;nbsp;» de Gracq&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Un théâtre de fantômes&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Eric Simon&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Il y a des lieux, certains soirs propices, qui ont le privilège de pouvoir libérer de leurs murs quelque fantôme tutélaire. Les théâtres sont des lieux de révélation de l'invisible. En effet, pourquoi les personnages d'un soir, vivantes illusions d'un moment, ne réinventeraient-ils pas, rideau tombé, la vie éphémère, fragile, aérienne, que leur donnaient peu avant la voix et le corps des acteurs&amp;nbsp;? Le nœud des sortilèges se défait alors, d'étranges feux-follets animent soudain l'air, témoignant de la présence lumineuse ou noire des fantômes, de leur apparition sans artifices, naturelle. Un miracle sacre l'union du réel et de l'illusion, de la matière et de l'impalpable. Dans le théâtre vide, envahi par la nuit depuis longtemps déjà, sous les yeux fermés du spectateur qui s'y trouve retenu prisonnier par on ne sait quel heureux maléfice, s'éveille la vraie vie des rêves.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Un Beau Ténébreux&amp;nbsp;» est sous le signe occulte de ce monde du théâtre. La confession passionnée de Christel, tout d'abord&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J'aime tout du théâtre&amp;nbsp;», dit-elle à Gérard&amp;nbsp;; puis le rêve fait par celui-ci, au cours duquel il erre, ne retrouvant plus son chemin, dans les couloirs rouges d'un théâtre&amp;nbsp;; également, les nombreux dialogues ou monologues qui rythment le récit&amp;nbsp;; enfin et surtout l'impression croissante que les personnages sont en «&amp;nbsp;représentation&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Il s'agit en effet d'un suicide, ou plutôt de la mise en scène patiente, méthodique, méticuleuse - mais donnant toujours la sensation d'être savamment improvisée, d'un suicide. Allan, le personnage central, dont l'enfance, rapportée par Grégory dans une lettre, n'est pas sans rappeler la figure du Grand Meaulnes, est un «&amp;nbsp;Roi de théâtre&amp;nbsp;». Ainsi apparaît-il dans le journal de Gérard. Mais une question peut-être plus importante, plus lourde de sens, hante Gérard, et hante à vrai dire tout le livre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Allan est-il de ce monde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; question à laquelle fait écho un peu plus tard l'inquiète interrogation de Christel, rendant du même coup la réponse plus improbable encore&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Qui est Allan&amp;nbsp;?&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Apparition, «&amp;nbsp;fantôme&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;fantomatique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: les mots reviennent souvent à son sujet&amp;nbsp;; ils signalent le caractère irréel non seulement de cet être, mais aussi du décor qu'il occupe. Ainsi, «&amp;nbsp;l'Hôtel des Vagues&amp;nbsp;» devient, dans la lettre qui annonce son arrivée, «&amp;nbsp;l'Hôtel Vague&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Vague Hôtel&amp;nbsp;», comme si l'article «&amp;nbsp;des&amp;nbsp;» retenait in extremis la réalité aléatoire, la consistance brumeuse, de ce décor. Et quoi de plus trouble, quoi de plus incertain, que cette «&amp;nbsp;haute butte rocheuse&amp;nbsp;», et à son sommet, ces ruines du château de Roscaër, dont la visite, nocturne pour l'essentiel, évoquant de loin en loin quelque Transfiguration démoniaque sur un Mont Thabor de ténèbres, fournit le prétexte d'un des premiers signes d'une mort prochaine, obsédante&amp;nbsp;? - «&amp;nbsp;Il (Allan) est grimpé par jeu sur l'extrême bord de la muraille, comme un esprit, défiant le vertige. Il prend plaisir à deviser maintenant avec nous, désinvolte et subtil, jouissant de notre gêne irritée devant le danger qu'il court.&amp;nbsp;» (Journal de Gérard, p. 97).&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Cependant on a parlé plus haut d'illusion. A ce qu'on dit, elle égare l'esprit, fausse le jugement, maquille la vérité. Mais là où culmine l'erreur, un chemin s'ouvre sur une clarté, qui fait de l'illusion non un obstacle à la vérité, mais un double au pouvoir singulièrement révélateur. L'illusion n'est pas sans rapport avec la magie, ou plus exactement avec le jeu de la magie, avec le jeu tout court. L'acteur joue&amp;nbsp;: il fait illusion. Il fait œuvre d'illusion. Or, c'est essentiellement par un phénomène de dédoublement que se manifeste le jeu dans l'illusion. Dédoublement, c'est-à-dire le glissement, d'abord imperceptible, d'une apparence à une autre, celle-ci non moins réelle que celle-là, mais peut-être plus vraie, parce qu'elle offre la vision de liens jusqu'ici cachés, mystérieux, entre des éléments fort dissemblables.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;En dédoublant la vie réelle, ou le réel de la vie, le jeu (ici, un jeu de masques) fait pressentir un ordre inédit, inouï, des choses, sorte d'au-delà fantasmagorique, envers féerique d'un décor de démons et merveilles, coulisses soudain vibrantes de sortilèges d'un théâtre mort... Les réflexions d'Allan à propos des échecs, lors de sa première rencontre avec Gérard, nous éclairent sur la fonction du jeu dans le roman. Allan ne considère pas le jeu d'échecs comme un simple rapport de forces. Son idée est qu'il existe, sur l'échiquier, une case qui se révèle, au cours de la partie, comme le pivot par lequel s'opère le renversement de situation qui n'apporte pas seulement la victoire, mais surtout la découverte de l'ordre profond du jeu, jusque là tenu invisible. Et, parlant alors de «&amp;nbsp;mécanisme secret&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;d'opération absolument magique&amp;nbsp;», Allan précise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il suffit de poser la pièce sur la case que rien ne désigne pour que tout soit changé.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Allan lui-même a une manière de passer d'un lieu à un autre dans ce roman, qui fait penser au déplacement d'une pièce sur un échiquier. Ainsi, les signes ne manquent pas, qui nous alertent, chaque lieu constituant une «&amp;nbsp;case magique&amp;nbsp;» potentielle&amp;nbsp;: le casino, où il perd insolemment, le château de Roscaër, la plage, etc... Or, s'il est exact que la seule présence d'Allan suffit à créer les conditions d'un renversement, à susciter l'imminence du précipice, c'est dans le lieu ultime, sa propre chambre, que se produit la révélation. Les ombres mêlées de clarté lunaire tapissant les murs, les objets - le manteau de grosse laine bleu roi, les précieuses armes indiennes, le coffre de bois noir, mais aussi l'écharpe, la cravate de soirée, la casquette de cricket, l'élèvent alors au rang d'un tombeau pharaonique, d'un hypogée de rêve, avec ses hiéroglyphes et ses pièces de conjuration, familières et pourtant énigmatiques, tendues vers le monde des vivants, entre celui-ci et l'au-delà. Auparavant, Gérard, piètre profanateur de tombe, y avait pénétré en l'absence d'Allan&amp;nbsp;; sa visite rappelait un peu, comme à rebours, et comme une reconnaissance prémonitoire, la découverte, au matin de Pâques, du sépulcre désert par Marie-Madeleine... Christel, la dernière nuit, franchit à son tour le seuil de cette chambre, trouve Allan figé, immobile déjà, comme momifié, mais encore surnaturellement élégant. Il est devenu ce «&amp;nbsp;visage de damné qu'il n'avait revêtu que comme un masque&amp;nbsp;». Il est la proie de la mort. Aussi peut-il lui dire enfin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Maintenant vous voyez ce que vous n'avez jamais cessé de regarder.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes joueur, Allan&amp;nbsp;» lui dit Gérard, lors de leur rendez-vous, sur la plage, au petit matin. Puis, peu avant sa mort, c'est Allan lui-même qui avoue à Christel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J'ai joué avec vous tous&amp;nbsp;». Mais on aurait tort d'y voir seulement l'aveu d'une tromperie, d'une trahison. Le jeu d'Allan tout au long de ces pages exprime un vertige. Il est la corde raide d'un funambule somnambule, d'un «&amp;nbsp;dormeur éveillé&amp;nbsp;», pour reprendre une formule de Gracq. La mise n'est rien d'autre que la vie. Or, Allan ne déclare-t-il pas qu'il était, de toutes façons, à tout moment, «&amp;nbsp;prêt à payer le prix&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Il vit moins sa vie qu'il ne la rêve, c'est-à-dire qu'il ne la joue, au double sens qu'impliquent le risque encouru et le masque de l'acteur.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;En dehors de l'emploi fréquent d'un vocabulaire propre au monde du théâtre, un autre élément met en évidence le caractère théâtral de ce livre. Cela concerne un rapprochement troublant entre Allan et le Dom Juan de Molière. Quoique cette ressemblance soit aussi peu explicite qu'une ombre planant sur certains gestes, certaines attitudes d'Allan, il ne semble pas pour autant qu'elle soit complètement absente de l'œuvre. Certes, le roman de Gracq ne porte guère l'accent sur les éventuelles conquêtes féminines d'Allan. Cependant, notons tout de même cette phrase, tirée de la lettre de Grégory&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mais depuis longtemps déjà les femmes avaient attaché à son nom une réputation d'immoralité si débridée, si brutalement scandaleuse, etc...&amp;nbsp;» . C'est la seule fois où il est fait allusion à un passé qui, du reste, le rapprocherait davantage de Casanova que de Dom Juan. Mais ce qui le relie à ce dernier est plus profond. Si Dom Juan est un séducteur, il se caractérise surtout par son défi au ciel, par sa transgression des lois sacrées de la société, par une démarche métaphysique qui le désigne comme le réprouvé, le maudit, le damné. De même, le charme d'Allan agit comme un envoûtement sur tous ceux qui croisent sa route. Le jeu tragique qu'il mène n'aurait pas cette force d'attraction, cette puissance subversive, si la séduction ne participait du même mouvement.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;D'autre part, le suicide, la tentation diabolique de disposer non seulement de sa vie, mais de sa mort, constitue bien un défi suprême. Dès lors, Dolorès elle-même figure une nouvelle statue du Commandeur, qui vient, à la fin du drame, chercher celui qui a dérangé l'ordre du monde. Rappelons-nous ceci, à propos de Dolorès, qui est étrange&amp;nbsp;: à aucun moment, au cours du récit, il n'est fait mention de la nature exacte des rapports qu'elle entretient avec Allan. «&amp;nbsp;Je ne vous apprendrai pas, je pense, que nous sommes très liés&amp;nbsp;», se contente-t-elle de confier à Gérard, pendant le bal. Puis, n'est-ce pas pour le moins bizarre, ce départ précipité, à peine arrivée, comme si elle ne faisait qu'accompagner Allan, le conduire à sa dernière retraite, comme on mène, dans l'attente d'une grâce improbable, le condamné à mort à sa dernière cellule&amp;nbsp;? et ce retour, annoncé par la seule lettre qu'ait reçue Allan, coïncidant précisément avec la fin du journal de Gérard&amp;nbsp;? Enfin, la dernière phrase du livre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;De nouveau il entendit la porte s'ouvrir, et, calme, du fond de sa chambre, il vit venir à lui sa dernière heure.&amp;nbsp;» Dolorès n'est alors même plus nommée, comme si, délivrée de toute substance réelle, elle finissait par s'identifier souverainement à la mort elle-même.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Toute mort a son public, sinon ses témoins, qu'ils soient présents pendant ou après la mort. Le suicide a ceci de particulier qu'il impose, qu'il exige, une mise en scène. On n'improvise pas la mort qu'on se donne. Sans doute existe-t-il des suicides sans préparation aucune. Ils forment une exception à la règle et la confirment. Le plus souvent, cette mise en scène demeure secrète, jusqu'à la découverte du mort. C'est alors la lettre laissée sur la table, ou, plus étrange encore, comme si elle était envoyée de l'autre monde, celle que l'on reçoit avec quelques jours de retard, - c'est aussi ce regard qui vient tout à coup à la mémoire, ce regard qui en disait long, mais que l'œil croise seulement maintenant, ce sont ces signes qui s'emparant du souvenir, harcèlent de leur remords le cœur des vivants, de ceux qui survivent à tout, toujours... Mais Allan, lui, joue à découvert, lève le secret sur tous ces artifices, comme s'ils ne devaient pas être que de pure forme. Et, rendant public son désir, sa tentation, sans aller jamais, pourtant, jusqu'à l'aveu complet, il provoque le scandale&amp;nbsp;; les pensionnaires de l'hôtel, Gérard, Christel, jacques, Irène et Henri, se trouvent alors engagés malgré eux dans la tragédie.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;«&amp;nbsp;il n'est pas bon de laisser la mort se promener trop longtemps à visage découvert sur la terre. (...) Elle émeut, elle éveille la mort encore endormie au fond des autres, comme un enfant dans le ventre d'une femme. Et comme quand une femme rencontre une femme grosse, - même si elle détourne la tête - oui, tout au fond d'eux-mêmes, si l'on descendait, on les sentirait complices...&amp;nbsp;» confie-t-il à Christel. Sa mort fait signe à leur propre mort. Voilà le public contraint de quitter la salle et de monter sur la scène, situation des plus inconfortables&amp;nbsp;; les voilà sommés de tenir un rôle qu'ils n'ont pas choisi, de jouer leur partie dans le jeu de la mort, comme si se révélait en eux la vocation de la mort. Cette évolution atteint son paroxysme avec le bal masqué qui institue, intronise, investit, chaque personnage dans son travesti&amp;nbsp;; comédie macabre qui met à jour la figure référentielle, presque légendaire, et pour tout dire rêvée, de leur être. Personnages d'un roman, ils revêtent, par une troublante mise en abyme, le masque d'autres personnages littéraires, héroïques ceux-là. A leur tour ils se dédoublent&amp;nbsp;: Jacques est Rastignac, Irène, la comtesse Almaviva, Gérard, le Prince André de «&amp;nbsp;Guerre et paix&amp;nbsp;», Christel, Atala, masque qui la voue définitivement au sacrifice («&amp;nbsp;La vierge des dernières amours&amp;nbsp;», comme la nommera plus tard Allan, ironiquement)&amp;nbsp;; enfin, c'est l'apparition des «&amp;nbsp;Amants de Montmorency&amp;nbsp;», Allan et Dolorès, le poème de Vigny étant la première source du roman.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Puis, comme si ce «&amp;nbsp;rendez-vous de fantômes&amp;nbsp;» scellait à jamais leur union dans le drame en cours, l'aube les découvre seuls, petite troupe de théâtre au lendemain cafardeux de la première d'un désastre. Allan&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C'est le moment où les anges descendent, l'instant des mauvais rêves. Sans doute un esprit est venu habiter notre groupe. Ne le chassons pas. J'invite à s'asseoir avec nous ce fantôme inconnu. Je bois à ce qui nous réunit ici.&amp;nbsp;» Mais il ne leur est plus possible de retourner dans la salle, parmi le public. Comme des rôles secondaires qui, leurs répliques jouées, n'attendent pas la fin d'un spectacle qu'ils connaissent par cœur et courent se réfugier dans leurs loges, il ne leur est pas donné d'assister à la mort d'Allan. Ils disparaissent. Et même Christel, malgré une poignante «&amp;nbsp;fausse sortie&amp;nbsp;», est congédiée. Tout au plus peuvent-ils, veilleurs effrayés errant dans les coulisses désertes, sursauter aux bruits bizarres qui seuls signalent la présence du «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; ou, comme Irène et jacques, écouter, le souffle court, au milieu de la nuit, un volet ou une porte qui claque dans «&amp;nbsp;sa&amp;nbsp;» chambre...&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Allan n'offre donc à personne le spectacle de sa mort. Il cherche moins, en définitive, à faire partager sa mort, que le simulacre de sa mort, la représentation, quasi sacramentelle, de celle-ci étant seule capable de renvoyer à la réalité qu'elle voile et révèle tout à la fois. Sa danse de mort, au sein de ce théâtre de songe, n'est pas dénuée d'ironie, voire de quelque sentiment de dépit à l'adresse des autres pensionnaires de l'hôtel. Mais la théâtralité qui entoure cette danse opérant comme un rite, lui confère les caractères d'une offrande. Jadis, avec la débauche d'effets de théâtre que l'on sait (Cène, nuit du Jardin des Oliviers, baiser de l'apôtre félon, procès, montée au supplice, mise en croix, etc...), un «&amp;nbsp;Dieu fait homme&amp;nbsp;» donna sa vie pour les autres. Allan ne donne pas sa vie, mais sa mort, car la mort qu'il se donne est offerte aussi aux autres. Peu importe que ce soit les fantômes d'un songe qui reçoivent ce don&amp;nbsp;; peu importe qu'ils l'acceptent ou non&amp;nbsp;; peu importe qu'ils y résistent ou non. - Ils y succombent. Et même si, en acteur loyal qu'il est, Allan se montre soucieux de ne pas décevoir son public, d'aller, lui aussi, comme l'homme de Nazareth, jusqu'au bout de sa conquête de la mort, tout en persévérant dans l'élégance un peu hautaine de celui qui n'a pas à justifier son acte, - il a cette marque insigne de tact&amp;nbsp; que de se réserver le droit, sinon le devoir, de ne pas mourir sur scène.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Éric Simon&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>ÉTOFFE # 2</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/06/20/etoffe-2.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-06-20:2251944</id>
<updated>2009-06-20T18:01:47+02:00</updated>
<published>2009-06-20T17:57:00+02:00</published>
<category term="étoffe" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>   &amp;nbsp;      «&amp;nbsp;Nous avons été métamorphosés d'un corps fou dansant sur...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Nous avons été métamorphosés d'un corps fou dansant sur les collines en une paire d'yeux fixant le noir.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Jim Morrison, Seigneurs et nouvelles créatures, Christian Bourgois éditeur, 1979&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
</content>
</entry>
<entry>
<author>
<name></name>
<uri>http://dedale21052.hautetfort.com/about.html</uri>
</author>
<title>UNE IDEE SI VAGUE</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dedale21052.hautetfort.com/archive/2009/06/18/une-idee-si-vague.html" />
<id>tag:dedale21052.hautetfort.com,2009-06-18:2249809</id>
<updated>2009-06-18T23:52:13+02:00</updated>
<published>2009-06-18T23:52:13+02:00</published>
<category term="21052" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
<summary>     «&amp;nbsp;Certains se font de la poésie une idée si vague, qu'ils prennent...</summary>
<content type="html" xml:base="http://dedale21052.hautetfort.com/">
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Certains se font de la poésie une idée si vague, qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie&amp;nbsp;»,&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Paul Valéry cité dans le numéro 64 du bulletin de liaison de l'association ARPO.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;ARPO fait connaître les revues de poésie et a ouvert un CONSERVATOIRE DES REVUES DE POESIE (en partenariat avec la ville de&amp;nbsp;Carmaux).&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;ARPO est un peu comme la vitrine d'un libraire suicidaire qui n'exposerait aux yeux du chaland que des revues de poésie.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;ARPO existe heureusement.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.arpo-poesie.org/&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;http://www.arpo-poesie.org&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
</content>
</entry>
</feed>