26.03.2009
DANSE D’OISEAU # 3
Sur le cliché, on remarquera Le Courtil de Marie Louise, un livre d’artistes (réalisation Couleur dite Parole peinte) présentant des œuvres de Marie Louise Bréhant, photographe géniale et d’une inventivité exceptionnelle.
Marie Louise a réalisé un somptueux reportage sur ce marché de poésies et la présente photo en fait partie.
Ce marché était organisé par la revue Incognita & des poètes associés (Christian Bulting, Yves Moulet, Marc Bozec, Luc Vidal) – revue Incognita, Editions du Petit Véhicule, 20, rue du Coudray, 44000 Nantes – www.myspace.com/editionsdupetitvehicule - epv2@wanadoo.fr
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28.11.2008
DANSE D’OISEAU # 2
Novembre 2008. Parution du dernier numéro de la
Revue SALTIMBANQUES !
A la fin, ça s’en va,
ça disparaît, déguerpit, se dérobe.
Et ça nous laisse avec quelques souvenirs dans les mains. Et des archives plein les placards.
La revue Saltimbanques ! était au service des auteurs, avait pour seul objectif de leur donner un territoire où s’exprimer. Du côté de la poésie, mon seul regret sera de n’avoir pas publié des poètes comme Ivar ch’vavar ou Lucien Suel. Et si, dans l’idéal, tous les genres étaient bienvenus, souhaités, il n’y eut pas de textes de sf ou quelques récits policiers, fantastiques. L’occasion ne s’est pas présentée. Mais, aussi, on s’enferme vite entre d’hermétiques cloisons et le réseau d’auteurs et de lecteurs, qui se constitue autour d’une revue, suffit, à lui seul, à opérer une « spécialisation ».
Donc ce fut une revue de poésie.
Au fil des 72 pages de ce numéro 15, 19 auteurs déploient leur univers. En on y retrouve une partie de ceux que j’apprécie aujourd’hui dans le microcosme poétique.
Des auteurs que j’ai plaisir à lire.
Romain FUSTIER constate qu’un arbre a poussé dans le bureau. enroulant ses branches à la verticale du mur. nature en bonsaï. punaisée sur fond de nuages.
& Thomas VERCRUYSSE s’échauffe Mais tu dis Que les brasiers Parlent en vain.
& Magali THUILLIER s’aperçoit que la pensée galope alors les mots sortent du fin fond de soi sourire étonnée
& Paul BADIN a des préoccupations : Le cerveau humain, toutes ses constructions, ses machines sophistiquées, est incapable d’élévation. Celle-ci est l’affaire de l’âme. Mais qu’est-ce que l’âme, au juste ?
& Patrice MALTAVERNE (http://traction-brabant.blogspot.com/ ) ne secoue plus ces vieilles carcasses.
& Eric SIMON ne réchappera plus d'aucune maladie /il enfourche une mobylette qui n'a plus cours
& Jean-Louis RAMBOUR évoque la beauté des crêtes rouges,/ la beauté des hésitations du carrefour,/ de l’alternance des jours et des nuits
& Rodica DRAGHINCESCU (http://www.draghincescu.com) nous chante une BERCEUSE POUR LES NAUFRAGÉS tandis qu’Un oiseau des pays froids crie effroyablement
& Séverine LE BUREL manie un Crayon aigu ondulant sur le monde
& @ude (http://supplementd-amesoeur.blogspirit.com/ ) marche sur la fluidité et les ondes frissonnent à peine
& Thomas GRISON (http://www.cie-le-cheval-bleu.com/ ) a Le regard austère/ Et amusé / Du cheval portant monocle
& Bernard LE BLAVEC a des Croix de primevères
& Jean-Marc Thévenin fait d’une tranche de foie qui serait persillé tout un poème
&Jean Simon RACLOT constate que Tant ça ne prend pas feu ça prend feu
&Jacquy JOGUET fait CLIC !, POC !, EH ! PST ! et OH !
& Bernard BRETONNIERE ferait bien honneur à un navarin d’agneau aux légumes frais dont des navets obligeamment taillés en olives, des oignons grelots glacés à brun et des haricots verts coupés en losanges.
& Fabrice MARZUOLO a encore lu / avant d’aller travailler/ les mots des poètes ratés / les mots des génies / tous joints à l’inutile
& Gérard LEMAIRE pense à neuf cents prisonniers dans une prison de Bavière
& Jean-Pierre Fleury nous invite à faire un tour au COIN DES ANTIQUAILLERIES
Voilà c’est fini,
ça s’en va,
ça s’éclipse, échappe, s’éteint…
La souris et les gommes vous saluent bien.
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14.10.2008
bleu minéral
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DANSE D'OISEAU # 1
Septembre 2008. Parution de mon livre Homme Bleu, Ici Même
aux éditions Gros textes (Fontfourane, 05380 Châteauroux-les-Alpes).
Sur la couverture, une œuvre – bleu minéral - signée Isa Slivance & Serg Gicquel. L’une et l’autre sont des plasticiens qui se sont intéressés aux livres d’artiste au point de créer, en 1992, à Nantes, l’atelier d’art couleur dite parole peinte, toujours actif aujourd’hui - http://www.simili-type.fr/
Depuis, Isa et Serg mettent en scène le mot, le portent visuellement en mobilisant toutes les techniques, souvent traditionnelles et artisanales, de l’édition, de l’imprimerie, de la fabrication du livre. Dans leur atelier, les machines nous tricotent des féeries et le talent des deux associés qui n’est pas mince fait le reste.
J’ai donc souhaité que la couverture d’Homme Bleu, Ici Même soit leur oeuvre. D’abord parce que nous travaillons ensemble quand l’occasion se présente et que nous avons des sensibilités très proches. Ensuite, parce que le texte du présent livre recèle un désir d’Art, une envie de surpasser le quotidien d’ici. Au milieu de nos quittances, de nos technologies épatantes à durées de vie très limitées, de nos JT où les explorateurs de l’Actualité les plus intrépides sont des as du rase mottes, nous sommes des aviateurs aux petits pieds, les mésanges volent bien plus haut que nous.
Il y a toujours, dans mon écriture, un peintre qui s’exténue au bout de la beauté, un musicien qui s’essouffle dans la carlingue déglinguée de la vie. Si le poème ZONE d’Apollinaire est la racine de toute mon écriture, les CALLIGRAMMES du même Guillaume ont aussi marqué d’une manière indélébile mes premières années de dilettante en vadrouille dans l’Art et la Littérature.
Musique, peinture, littérature sont trois formes d’une même résistance. Il en est d’autres. Le jardinage ou la contemplation des toits de la cité à quatre heures du matin, par exemple.
Pourtant, Homme Bleu, Ici Même ne semble pas trop préoccupé de mise en pages. La tentation de la prose y a été trop forte, le poème avec ses pieds & ses chevilles n’a pas été convoqué. Il aurait tout foutu par terre. La musique est celle d’un petit saxophone en goguette, d’un piano en touche douce, qui jouent par derrière d’une manière discrète. Du moins j’espère qu’ils sont là et que vous les entendez.
Le texte se compose d’une succession de moments mentaux, de périodes d’une sorte de monologue intérieur qui en principe n’a pas de fin. Chaque épisode de ce discours intime commence par une amorce en lettres majuscules, à la manière de ces VISIONS DE CODY (éditions 10/18) de Jack Kerouac, cette autre figure tutélaire.
Homme Bleu, Ici Même évoque ma recherche d’une certaine sérénité face au monde. Contrairement au prochain livre, qui se construira à partir du plan des lieux et monuments de Nantes, la ville ici n’est qu’un décor, un lieu où des destins se croisent, s’étiolent ou dansent sous des crépuscules formidables. Les trois premières parties sont cycliques et se construisent selon le plan d’une journée ordinaire. Les phrases y ont une syntaxe tordue et sont parsemées de ruptures - elles sont parfois interrompues brutalement-, l’exubérance baroque des textes expriment la difficulté d’accepter le monde tel qu’il est. Cette agitation prend racines dans le décor urbain & les fantômes qui le quadrillent, dans le frottement du petit homme avec le monde hystérique, généralement futile, superbe quelquefois. Dans la quatrième partie, comme implose une machine qui a surchauffé, le texte métamorphose. Si folie et cruauté sont encore là, l’écriture s’apaise au niveau de la forme, la syntaxe devient plus souple, moins vicieuse, les textes se raccourcissent et deviennent moins exubérants. Ce qui restait de l’adolescence s’est enroulée en boule pour mourir. Cependant, toujours un peu perdu au fond du labyrinthe, le petit homme n’a rien oublié, il s’est habitué, c’est tout.
Extrait :
DES JOURS DE PLUIE SUR LA VILLE où de cruelles lanières d’eau ruissellent sur les visages – trottoirs mouillés & pattes d’oiseaux sur l’humidité de l’asphalte – d’abord les gouttes pianotent sur le toit comme gambettes de mouettes, tip, top, tip, top, trottinement de trotte-menu & be-bop de plume danseuse, puis en furie, plus revêche, plus acerbe, et enfin en rafale, presque un roulement de cavalerie, grondement d’une tôle quelque part dans le brouhaha, alors on s’enfonce sous la hargne du monde, plié, ratatiné, recroquevillé, un filet de réalité glaciale coulant au bout du nez, on se dissout dans les rues grises, visages roses guettant derrière les vitres, on se réfugie chez soi pour contempler de derrière la fenêtre de la cuisine cette ruade céleste, des gens cavalent encore dans les rues, chnoquedus poulopant sous des parapluies, trottins trissant estourbis par le zef, birbes bancroches banquillonnant, un héron passe au-dessus du quartier, est-ce la pluie qui –
Des jours où les gouttières dégueulinent une ève marron, où la ville tout entière suinte et dégoutte, il bruine, pleuvine, pleuviote, brouillarde, giboule, déluge sur des chiens noirs, des êtres déchus et attigés s’enroulent dans une gangue d’eau, ont la grelottine sous ce crachin gris qui flagelle le monde –
Personne d’autre que Christian Bulting, poète et naguère éditeur, revuiste, ne pouvait écrire la préface de ce livre. C’est lui qui publia mon premier recueil de poésie, Naoned Visages. Qu’il soit encore remercié pour avoir soutenu à l’époque ces premiers balbutiements.
Attentif aux autres & à leur travail, il est l’un des plus compétents pour présenter ce que j’écris.
Voici donc sa préface :
Vous n’aimez que le style mesuré, les phrases équilibrées, les points-virgules, la grande prose classique. Passez votre chemin, « Homme bleu, ici même » n’est pas un livre pour vous. Vous n’aimez que la syntaxe brisée, éclatée, le déconstruit, le dadaïsant : prenez au large, il n’y a rien ici pour vous retenir. Vous aimez la littérature, celle qui porte du sens, des émotions, dans une langue qui bouge, vibre, cahote, une langue qui musique, fait entendre la rumeur du monde, une langue qui montre le grotesque et le sublime, le plus évident des rues des villes et le plus minuscule : « les épluchures, les écorches, les décortiques, les dépouilles, les emballages », vous aimez l’œil sociologique, celui qui repère les « experts en esbroufes, simagrées, médisances », celui qui croque les « Schnocks lingés à l’épate, papas édredons prenant la vie en mollo, en dégaine-pépère – Traîne savate en quête de bectance, les tatanes en nonchalance, la trombine toute de traviole », vous aimez la langue qui swingue, le lyrisme ne vous fait pas peur : ce livre est pour vous. Il y a du Whitman chez cet homme-là, Whitman remontant Broadway – cette avenue qui traverse Manhattan du sud au nord sur des kilomètres – Whitman embrassant le monde, de l’oiseau à la « planète qui roule », Whitman en sympathie avec les hommes, les villes, la nature, le fleuve. Il y a du Kerouac chez cet homme-là, avec son goût pour les clochards célestes, son écriture inventive, réaliste, qui se met à divaguer avec drôlerie. Il y a du Rabelais chez cet homme-là, de la truculence, de l’invention verbale, des néologismes « comment-n’y-a-t-on-pas-pensé-plus-tôt ». Il y a du Céline chez cet homme-là dans le souffle, dans un rythme propre, une seule phrase par paragraphe, beaucoup de virgules. Il y a surtout du Philippe Gicquel dans ce livre de Philippe Gicquel, un métissage de langues – français ancien, québécois, argot – dans sa langue, un patient travail de recherche et d’ajustement, mais oublié, emporté dans le mouvement du texte. Vous le suivrez à travers la ville dans ses balades, de l’aube à la fin de la nuit, Monet nomade, homme bleu cherchant la note bleue.
Christian Bulting
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